LA PAROISSE DE BALANOD


    Avec deux écoles installées au quartier de la "Vua", Balanod se trouvait pourvue pour l'instruction, mais au point de vue religieux, restait attachée à Saint-Amour et les enfants, au début du siècle dernier, étaient obligés d'y aller assister aux catéchismes préparatoires à la Première Communion.
    C'était toujours une assez sérieuse difficulté qui menaçait de s'aggraver par le fait que bon nombre d'enfants allaient désormais manquer le catéchisme pour n'importe quel motif. Un homme du pays s'émut de la situation  . Il était également touché de voir les gens du pays se rendre à Saint-Amour, distant de 3 kilomètres, pour satisfaire aux obligations dominicales. Aussi songea-t-il à faire ériger Balanod en paroisse  ."Il y a, disait-il, des communes de 150 habitants qui ont un Curé et nous qui en comptons 400, nous ne formons pas une paroisse et nous n'en avons pas. Il faut nous remuer et nous en faire envoyer un ".
    De nos jours la question aurait été tranchée et résolue par l'autorité diocésaine elle-même, mais à cette époque, le clergé concordataire, très digne du reste, se confiait au traitement que lui donnait l'Etat et manquait du zèle qui anime les prêtres aujourd'hui. Il vivait presque retiré des fidèles et attendait que les âmes allassent à lui au lieu d'aller à elles.
    Notre saint homme se mit donc à l'œuvre. Du fait du régime concordataire, il fallait obtenir l'adhésion du gouvernement pour tout ce qui touchait au côté matériel et celle de évêché ensuite pour obtenir un desservant.
    Or, des deux côtés surgirent des adversaires: la municipalité d'abord, dans la personne de son maire, l'autorité écclésiastique ensuite, dans la personne du Curé de Saint-Amour, Monsieur l'abbé Perret. Ce dernier voyait d'un très mauvais œil se séparer de lui cette partie si importante de sa paroisse qui jouait pour une bonne part dans son casuel annuel.
    Et cependant, les "gens de Balanod ", (C'est ainsi qu'il appelait ses trop fameux paroissiens qui voulaient se séparer de lui) n'avaient guère ses prédilections. Il rudoyait quelque peu les enfants au catéchisme et réservait aux grandes personnes le fond de son église et les alentours des fonts-baptismaux ! 
    On s'adressa à l'empereur Napoléon par la voie hiérarchique. A cet effet, une demande appuyée d'une pétition signée par presque tous les gens du pays fut envoyée en Préfecture, par l'intermédiaire de la Municipalité, mais cette demande et cette pétition furent détournées de leur but en cours de route et n'arrivèrent jamais à destination. Grande fut la stupéfaction générale lorsqu'on apprit, après plusieurs mois d'attente anxieuse, qu'en haut lieu on n'avait jamais eu connaissance de cette démarche !
    De moins zélés auraient renoncé à leur entreprise mais notre homme tint bon. Décidé à aboutir coûte que coûte et puisant dans sa Foi une force inébranlable, il résolut de s'adresser directement à l'empereur. Il commença par prendre des directives auprès du Curé de Joudes qui était un de ses amis et, sur son conseil, se rendit auprès de M Ruty qui était alors Maire de Lons-le-Saunier et Conseiller Général du Canton. Celui-ci se chargea de faire parvenir en haut lieu une demande clandestine que M Falconnet de Cuiseaux, Conseiller à la Cour de Cassation, appuya auprès de l'empereur. En 1869, au grand étonnement de tous ceux qui avaient mis des bâtons dans les roues, Balanod fut érigée en paroisse par décret avec droit d'avoir un desservant payé par le budget des Cultes.
    Restait à avoir un desservant. On fit pour cela plusieurs démarches à l'Evêché qui était déjà celui de Saint-Claude. Malheureusement, il y avait alors comme aujourd'hui pénurie de prêtres et, devant l'impossibilité momentanée de pouvoir en fournir un à cette nouvelle paroisse, Monseigneur chargea M l'abbé Bonnaire, précepteur des enfants de Dananche, de desservir Balanod pendant quelque temps.
    Là-dessus, éclata la désastreuse guerre de 1870 et avec elle s'abattirent sur notre malheureuse Patrie, les conséquences funestes de la défaite. Les enfants du pays partirent nombreux comme plus tard en 1914 défendre leur pays et, par une grâce spéciale de la Providence due probablement aux nombreuses prières qui lui furent adressées par les nouveaux paroissiens réunis tous les soirs dans leur petite église, on n'eût à déplorer aucun décès ni aux armées, ni en captivité. Tous revinrent après la tourmente reprendre leur place au foyer. Pendant cette terrible année, de 1870 à 1871, M l'abbé Bonnaire continua à desservir régulièrement la paroisse. Ce ne fut qu'en 1872 que vint à Balanod, envoyé par Monseigneur, M l'abbé Chantzon, prêtre auvergnat que lui prêtait momentanément un diocèse du Centre. Il logea chez Mademoiselle Françoise Pelletier qui mit à sa disposition plusieurs pièces de son appartement. Elle ne fit donation totale de sa propriété à la paroisse qu'aux approches de sa mort qui survint en 1876. Depuis, cette propriété est restée cure de Balanod suivant les intentions de la donatrice et la Municipalité (c'est un éloge à lui rendre) sous la loi de séparation ne l'a pas détournée de son affectation et en a laissé jouir le desservant avec la plus entière liberté.
    A ce prêtre succéda M l'abbé Vigoureux qui était un prêtre franc-comtois et du diocèse de Saint-Claude. Sa principale occupation fut d'aménager le presbytère tel qu'il est encore à l'état actuel. Ayant à régler la succession concernant la donation de Melle Pelletier, il fut aux prises avec de sérieuses difficultés qui l'obligèrent à quitter un peu brusquement la paroisse.
    Il fut remplacé par M l'abbé de Mathrot qui ne fit qu'un court séjour de quatre années et s'en alla en disant " Quand on ne peut rien faire de bon dans un endroit , on secoue la poussière de ses chaussures comme l'a conseillé le Christ et on s'en va ailleurs". Son successeur fut M l'abbé Bride qui pendant vingt-huit ans administra la paroisse. Il est enterré au pied de la grande Croix du cimetière et a laissé la réputation d'un saint prêtre. Puis vint M l'abbé Duperrier qui fut curé de Balanod pendant quatorze ans et qui, par suite de la pénurie croissante de prêtres, fut chargé de desservir Montagna. M l'abbé Guillermin vint ensuite remettre de l'ordre et de l'organisation dans la paroisse. Il fonda des œuvres et ranima la foi branlante. Appelé au siège de Perrigny, il laissa avec regret son poste à M l'abbé Pernot qui continua pendant plus de trente ans les belles traditions de ses prédécesseurs  . Joignant à ses qualités de prêtre une âme d'artiste, il sut réveiller chez tous le goût des belles cérémonies religieuses. Les jours de fêtes, c'était un régal d'entendre le chœur de jeunes filles et d'hommes qu'il dirigeait avec une parfaite maîtrise. Depuis sa mort les paroisses de Balanod et Montagna sont desservies par l'équipe sacerdotale de Saint-Amour 1.
    Le curé logé, il fallait songer aussi à loger le Bon Dieu, chose que l'on aurait dû faire en premier lieu; mais la commune était trop pauvre pour songer à élever un temple au Seigneur. D'ailleurs les vues de la Municipalité étaient tournées alors vers d'autres horizons. En attendant des jours meilleurs, on songea à utiliser la petite chapelle qui avait été construite par les moines de Gigny sur les bords du Besançon, au temps de leur prospérité  . Mais trop petite pour contenir aux jours de grandes fêtes les nouveaux paroissiens dont la foi se manifestait alors par une assistance très nombreuse aux Offices, on décida d'agrandir cette petite chapelle  . A cet effet, on érigea au Nord un petit oratoire à la T.S.V. Marie et on prolongea à l'Est la nef que l'on fit suivre du chœur et de la sacristie sur un terrain que Melle Annette Guyot donna généreusement. On fit appel à toutes les bonnes volontés qui, il faut le dire à la gloire du pays, s'inscrivirent très nombreuses. Les unes, les plus riches donnèrent de l'argent, les autres moins fortunées donnèrent des matériaux et les plus pauvres un certain nombre de journées de travail. On eût de cette façon, en l'espace d'une année, un semblant d'église où l'on mélangea tous les styles confusément en voulant utiliser les dons offerts. le plan en fut tracé par M Rousseau, architecte départemental. L'empereur Napoléon III envoya pour sa part et celle de son épouse, l'impératrice Eugénie, le bel Ostensoir dont on se sert encore actuellement. L'idée leur avait été suggérée par le Comte de Lezay-Marnézia qui possédait des fermes à Balanod et se trouvait être à cette époque le Premier Chambellan de Ses Majestés. Le Confessionnal fut fait par M Mayard père, menuisier à Saint-Amour.
    Les temps ne sont jamais devenus meilleurs et la construction d'une église avec clocher et horloge resta toujours dans le domaine de l'espérance. On crût cependant à un moment donné que se réaliserait le rêve tant désiré; malheureusement disparurent à quelques années d'intervalle les deux hommes qui s'occupaient en secret sérieusement de cette affaire: le Comte de Laubespin qui s'offrait à fournir l'argent nécessaire, somme que l'on évaluait à 30 000 francs  et Joseph Faverge qui en était l'instigateur moral, appuyé dans ses démarches par M Chambard, notaire  à Saint-Amour. tout retomba alors dans l'ombre. La question fut cependant soulevée plus tard au conseil municipal par M Guilloton, héritier de Melle Françoise Pelletier: mais la subvention fournie par l'Etat parut trop faible et les administrateurs de la commune hésitèrent à se lancer dans une entreprise qui dépasserait de beaucoup leurs ressources et leurs prévisions.
    Les desservants de la Paroisse se contentèrent de rendre aussi belle et aussi confortable que possible la Maison de Dieu en se servant des modestes oboles que la charité publique mit à leur disposition. Des statues furent placées sur des socles et l'on vit aussitôt leur canonisation prendre place dans cette petite église le Saint Curé d'Ars et Sainte Thérèse de l' Enfant Jésus. L'abbé Guillermin en fit presqu'un bijou par des transformations heureuses tel l'éclairage électrique, la nouvelle table de communion et les splendides vitraux qui remplacèrent avantageusement les anciens fort démodés. M l'abbé Pernot1 se lança dans la même voie. On lui doit l'installation du nouvel autel et la restauration entière de la sacristie. C'est lui également qui a remplacé les chaises de l'église, l'a doté d'un harmonium de valeur et installé la sonorisation acoustique. Outre l'autel, la famille Yelminy a offert généreusement la plaque commémorative des morts de la Paroisse pendant la Grande Guerre de 1914-1918.
    Cette paroisse voulut aussi avoir un cimetière sur son propre territoire;  jusque-là toutes les inhumations se faisaient dans celui de Saint-Amour. Avec l'approbation de la Préfecture qui exige un terrain convenable ayant comme clôture un mur ou tout au moins une haie vive, on choisit un endroit sain sur une hauteur, à la vue de tous, de manière à rappeler aux vivants leur destinée future. Ce terrain appartenant à Melle Claudinette Convert fut vendu à la municipalité moyennant la somme de 1200 francs. La belle Croix de pierre fut faite et posée gratuitement par M Pelletier Jean-François et le premier enterré le 17 Août 1970 fut Eugène Faverge qui avait aidé son frère Joseph dans toute les démarches relatives à la paroisse.
    Expectantes beatam spem et adventum glorie magni Dei ! Ils attendent le bonheur éternel et la vision de la gloire de Dieu !

Texte original de Joseph FAVERGE,

légèrement complété

Saint-Amour, Décembre 2018


NOTES
  1. Après l'Abbé Pernot, Docteur en Sciences politiques, la paroisse fut rattachée à celle de Saint Amour puis du Revermont. Se sont succédé: Louis Fraigner, André Bailly-Basin, Roland Gréa, Philippe Adellon qui deviendra Vicaire Général du diocèse, Hubert Bailly, René Daubigney Chapelain de Lourdes puis nos prètres religieux prémontrés congolais, Sylvain Gereduba, Désiré Kakaba, actuellement Théophile Saidi et Crispin Solula

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