LE COUVENT DES CAPUCINS

 


LES CAPUCINS

 Un religieux cordelier, voulant ramener l'Ordre de Saint-François à son austérité primitive, a établi l'Ordre des Capucins, ainsi nommés du capuce, ou vaste capuchon, qui formait la partie la plus saillante de leur costume (1527-1529).

Aux Capucins revenait la tâche obscure et difficile, d'inculquer dans les rangs inférieurs les principes de respect et d'attachement à la loi divine, que la Réforme de Luther et Calvin venait d'ébranler.

Certains reprochaient à l'Eglise ses richesses et ses splendeurs, le Capucin répondait à ses reproches par une pauvreté absolue. Pieds nus en toute saison, longue robe de bure, ceinte d'une grosse corde, nourriture mendiée de porte en porte, chétive maison étaient leurs attributs.

LES CAPUCINS A SAINT-AMOUR

Le Couvent des Capucins de Saint-Amour a été bâti en 1623. Emmanuel- Philibert de la Baume1, Comte de Saint-Amour, songeait depuis longtemps à introduire des Capucins dans sa seigneurie. Mais il échoua devant l'opposition des habitants, qui objectaient la petitesse de leur ville et les charges grandes que leur imposerait la nourriture des religieux. On était cependant près de s'entendre, lorsque le Comte fut appelé à rejoindre l'armée impériale, dans laquelle il occupait le grade de Colonel. En revenant d'Allemagne, le Comte rendit visite à son oncle Antoine, abbé de Luxeuil ; mais il tomba malade au château de Baudoncourt, et il y mourut entre les bras du Père Grégoire de Villefrie, gardien des Capucins de Luxeuil. Avant de rendre le dernier soupir, il fit promettre à sa femme, Hélène Perrenot de Grandvelle, de bâtir le Couvent de Saint-Amour.

La veuve ne se pressait guère, et semblait même oublier les recommandations du défunt, lorsqu'en revenant de Paris avec son fils, qui achevait ses études, elle rencontra par hasard le Père Louis de Saint-Claude, qui, en qualité de Provincial, faisait la visite annuelle des maisons de l'Ordre. Cette rencontre fortuite fit naître des remords dans l'âme de la Comtesse ; elle se rappela les promesses jurées, et, en arrivant à Saint-Amour, elle proposa l'établissement des Capucins. Les bourgeois se désistèrent de leur ancienne opposition, et le bâtiment fut aussitôt commencé. En reconnaissance de ce que faisait pour la maison le jeune Comte Jacques Nicolas de la Baume, l'église fut dédiée à l'apôtre Saint Jacques.

Le chirurgien Claude Chappuis et sa femme Jeanne Bouquet avancèrent 9000 francs pour cette construction, et ne voulurent pas en recevoir le remboursement.

Le sceau du Couvent portait Saint Jacques, apôtre avec ces mots : Sig. FF. Cap. Conv. Sancti Amoris.

Le Dimanche 12 Octobre 1625, la cloche du couvent fut bénite avec, pour marraine et parrain, la comtesse Catherine de Cressia et le jeune comte Jacques de la Baume. Dans l'assistance, on remarquait M de Cressia et le baron son fils; la comtesse de Saint-Amour; Mesdemoiselles ses filles et << quantité de noblesse >>. Après quoi, la Messe fut chantée au grand autel. Hélène Perrenot de Grandvelle fit présent au couvent d'un beau voile en broderie d'or, une robe de cloche sans doute, et Mme de Cressia donna << quelque argent pour la bâtisse >>. Le curé de Saint Jean d'Etreux, Messire Jacques Garnier, qui avait le titre d'aumonier de la Reine de France 5, avait précédemment offert pour le même usage, une somme de 300 francs.

NOMS DES PREMIERS CAPUCINS: Père Cyrille de Vers , Supérieur, Jean-Baptiste de Dôle, Jacques de Salins, Donat de Gray, Félix de Saint-Claude et Guillaume de Laubespin.

DANS LES DERNIERS:

R.P. Edouard GASCON, de Gy, gardien (vêtu le 28 mai 1752)

R.P. Gabriel-Ange DAVID, de Saint-Claude, vicaire (vêtu le 15 août 1756)

V.P. Jean-Claude BUCHOT, de Dôle (vêtu le 6 juin1742)

V.P. Aimé MIRLIN, de Faverney ((vêtu le 5 mai 1749)

V.P. Léon BERRIGNOT, de Rahon ((vêtu le 8 décembre 1761)

V.P. Mansuet BRACONNIER, de Besançon (vêtu le 23 avril 1766)

V.P. Arsène CRETIN, de Perrigny (vêtu le 4 octobre 1768)

V.P. Claude-Nicolas SEGUIN, de Vesoul (vêtu le 8 septembre 1779)

V.P. Elisée PEGEOT, de Soye (vêtu le 19 mars 1780)

V.F. Hippolyte FOURNIER, de Poligny (vêtu le 4 octobre 1743)

V.F. Firmin May, de Busy (vêtu le 15 août 1754)

V.F. Renobert GRAN, de Vorges (vêtu le 4 octobre 1776)

DESCRIPTION DU COUVENT

Le Couvent des R.R.P.P. Capucins 2 est situé au nord de la ville de Saint-Amour. Il consiste en deux corps de bâtiments, le premier situé du matin au soir fait face sur le jardin au midi, le second placé au nord et au milieu du précédent forme un té, au bout duquel est l'Eglise située de matin à soir.

L'espace renfermé par ces trois édifices est un parterre clos de mur à l'occident, au milieu duquel est un puits ayant un collier en pierre et une mécanique en fer servant à puiser l'eau. Couvert à tuiles sur une charpente supportée par quatre colonnes en bois. Ce puits fut creusé sur une source abondante par un ouvrier de Cousance Estivant qui tomba dans le trou. Agé de plus de 60 ans, on eut beaucoup de mal à le retirer.

Puits des Capucins

Aux quatre côtés de ce parterre règne un Cloître tablé en dalles, les côtés au soir et contre l'église sont sans croûtes, seulement couverts à tuiles coupées. Les deux autres côtés dudit cloître ou corridors sont sous les bâtiments, tablés en dalles et voûtés à bonnets.

A l'angle au soir et au nord de ce cloître est l'entrée au-devant de laquelle est un Péristyle couvert à tuiles coupées.

Le premier corps de bâtiment faisant face sur le jardin contient cent quarante-sept pieds de longueur sur trente et un de largeur hors d'œuvre; au rez-de-chaussée et au soir de la porte qui communique au jardin est la cuisine, réfectoire, dépense et le corridor au nord de ces pièces cy-dessus citées.

Au matin de la dite porte est la chaufferie, séparée de la cuisine par un corridor, ensuite une chambre, bûcher, chambre de jardinier et une écurie.

La foulée de tous les appartements cy-dessus partie en dalles et partie en planches, le tout voté à bonnet.

Le Réfectoire croisé dans son pourtour et garni de barres.

L'Escalier en pierre fait en deux rampes pour monter au premier étage est placé à la jonction des deux bâtiments et sous icelui est une descente aux caves.

 

 
Saint Sébastien (Chapelle des Capucins)

 Au premier étage de ce bâtiment est un corridor de sept pieds de large placé au milieu de sa largeur et sur toute sa longueur, éclairé à chaque extrémité par une grande fenêtre au midy duquel sont quatorze cellules dont deux à feu.

Au nord dud. corridor et à matin de l'escalier sont les lieux communs, une chapelle et une infirmerie à feu de chaque côté d'icelle.

A soir et nord dud. escalier et corridor sont cinq cellules et on en peut faire sept en divisant la pièce servant de grenier à bled et celle à l'extrémité au soir est à feu.

Le Second Corps de bâtiment a cinquante-six pieds six pouces de longueur sur vingt-neuf de largeur hors d'œuvre; le rez-de-chaussée contient le corridor du côté du parterre et à matin d'icelui sont deux chambres, un fruitier et une allée qui communique à la cour. Le tout voûté et les foulées partie en dalles et partie en planches.

Sous le bâtiment sont les caves voûtées et au nord est un escalier en pierre et à deux rampes qui communiquent dès les dites caves aux greniers.

Au premier étage de même un Corridor au milieu, quatre cellules à matin, cinq à soir et encore une qui peut se faire aud. grenier à bled sur l'angle des deux corridors.

Les planchers de foulée et sur tête des deux bâtiments dans cet étage sont en chêne et en bon état, les corridors et quelques cellules sont plafonnés, et tous les greniers sur les deux corps des bâtiments sont carrelés.

Les couverts des dits bâtiments faits à tuiles plates garnis de chéneaux, tuyaux de descente, les charpentes en bois de chêne et en bon état.

A l'entrée de l'Eglise est une cour close de murs et dans celui au nord est une porte sans fermeture.

Contre le frontispice il y a une paroi en charpente couverte à tuiles plates et supportée par deux colonnes en bois.

L'Eglise fut consacrée en 1633 par l'Evêque de Mâcon, Mgr Dinet, par permission du Cardinal de Richelieu, Archevêque de Lyon. Il logea au château et fit la cérémonie le 30 Août.

La Nef de l'Eglise et le Sanctuaire ont ensemble soixante et dix pieds de longueur, la nef de vingt-huit pieds six pouces de largeur et le Sanctuaire dix huit pieds, boisé dans son pourtour. Celui-ci est voûté et sur la nef est un plancher, le tout éclairé par sept vitraux en état. A bise de la nef est une chapelle de treize pieds de large sur quinze de profondeur, voûtée et fermée du côté de la nef par un grillage en fer.

Contre l'arc-doubleau divisant le chœur et la nef sont deux petits autels en bois avec leur retable de même en bois et sa table de communion au-devant d'iceux en fer.

Le Chœur derrière le sanctuaire a vingt-deux pieds de longueur sur dix-huit de largeur, éclairé par un vitreau, voûté à berceau boisé et garni de sièges dans son pourtour et la foulée en planches. Le maître-autel est en bois ainsi que son retable.

La Sacristie au nord du chœur a treize pieds en carré voûtée, éclairée par une fenêtre, boisée dans son pourtour et la foulée en planches.

Au nord desdits Sanctuaire et nef est un Corridor qui communique à lad. Chapelle, voûté. Son tablement, ceux du Sanctuaire, nef et chapelle sont faits en dalles.

Sous le chœur est un jardin d'hiver ayant un plancher sur tête et son entrée par la cour au levant.

A l'angle rentrant des murs du chœur et bâtiment, dans la cour, est un appenti couvert à tuiles coupées sur une charpente de bois de chêne.

Sur le chœur et Sanctuaire est une bibliothèque ayant son entrée par le grenier du bâtiment adjacent, contient trente-huit pieds de longueur sur dix-neuf pieds de largeur, éclairée par six fenêtres, les planchers de foulée et sur tête sont en mauvais état, en partie pourris par les gouttières.

Les couverts sur lesd. bibliothèque et nef sont en médiocre état auxquels il y a plusieurs tuiles manquantes.

Les charpentes en bois de chêne et en bon état, au-dessus du couvert sur lad. bibliothèque s'élève un petit clocher en charpente revêtu en fer-blanc.

Apothicairerie de l'Hopital de Saint-Amour

 Au nord de l'Eglise est le Cimetière et à l'orient de tous les bâtiments une Cour sur partie de laquelle est un bâtiment pour la Sœur, de cinquante-sept pieds de longueur et dix-neuf de largeur hors d'œuvre, couvert à tuiles plates; contenant un poêle, cuisine, vestibule dans lequel est un escalier en pierre pour communiquer aux Greniers qui sont sur tous les appartements et, au nord de cet escalier, est une chambre de four, le tout voûté et tablé en dalles. Au nord delad. chambre de four est un Cabinet de Lieux.

Dans la Cour, à matin de ce bâtiment, est un appentis couvert à tuiles coupées et une étable à pourceaux. Dans le mur de clôture au nord, il y a la porte d'entrée dud bâtiment et à soir d'icelle un portail pour l'entrée des voitures dans la grande Cour.

 Tous ces édifices sont en bon état et d'une solide construction; au midy et à soir d'iceux est un Grand Clos entouré de murs des quatre faces de la hauteur commune de huit pieds six pouces et couverts de laves. Partie dud. Clos est un jardin et partie en verger emplanté d'arbres fruitiers, de la contenue de trente-deux mesures dans lequel il y a un abeillier et un pavillon fait en charpente contre le mur au midy et couvert à tuiles3.

Touche le tout d'Orient la Grande Route, une levée entre deux, d'occident, nord et midy les promenades publiques.

Comme le reste de la Province, Saint-Amour fut envahie par la peste dès le mois d'Août 1635. Le Père Gervais de Vesoul et le frère Viator prodiguèrent les soins de tout genre aux malades de la ville et des environs. Atteints par la contagion, ils moururent tous deux et furent enterrés au pied de la grande croix de pierre du cimetière des pestiférés qui se trouvait hors les murs, proche le moulin du Comte 4.

Pendant le siège de Saint Amour, en 1637, par les Français, les officiers et les soldats logèrent au Couvent. Ils ne firent pas beaucoup de dégats car les religieux bénéficiaient d'une sauvegarde du Roi de France. Ils fournirent même des vivres et donnèrent des aumônes aux religieux.

En 1655, 1656,  il y eut la remise en état des allées où l'on planta des tilleuls et des saules là où il y en manquait. L'Archevêque Claude de Saint Georges vint faire sa visite pastorale le 1er Septembre 1700.  Il arriva de Cuiseaux à cheval avec sa suite et repartit à pied. Harangué par le Père Gardien des Capucins, qu'il << écouta avec patience et auquel il répondit avec justesse . . . devant tous messieurs les curés du voisinage >> . Le manuscrit le décrit comme << un prélat d'une majesté extraordinaire, âgé de 72 ans, mais fort vigoureux, grand, droit, beau et un peu replet >>. Après trois jours, il repartit pour Lyon, s'arrêtant trois jours à Coligny.

Les bâtiments furent vendus comme biens nationaux le 19 Août 1792. Le nouveau propriétaire,  Claude François Renaud , notaire, en fit une auberge sous le nom d' << Hôtel du Parc >>. Son fils, le colonel Renaud, les céda à la ville de Saint-Amour et, en 1822, on y transporta l'hôpital, après avoir fait quelques réparations et construit les deux grandes salles de malades et la chapelle actuelle.


Le Couvent des Capucins, troisième hôpital de Saint Amour (1822-1951)

Le premier hôpital de Saint Amour fut construit grâce aux libéralités de Guillaume de Saint Amour à côté de la Tour Guillaume, le second le remplaça Rue du Faubourg de l'Ain, la rue Lamartine actuelle,  et le quatrième est l'EHPAD Lucien Guichard.

Des religieuses, les Soeurs du Saint Sacrement d'Autun, vinrent s'installer dans le Couvent des Capucins. Pendant la guerre de 1939_-1945 elles étaient trois dont Soeur Marie du Divin Coeur, la Supérieure, et Soeur Lucia



Soeur Lucia 1941

Saint-Amour, Mars 2010, Janvier 2015


NOTES
  1. Emmanuel-Philibert de la Baume (1577-1622), fils de Louis de la Baume et de Catherine de Bruges. Né au château de Saint-Amour, le 16 janvier 1577, il avait épousé, en 1595, Hélène Perrenot de Granvelle, nièce du grand ministre de Charles-Quint et de Philippe II. Il mourut le 18 juin 1622 et fut enterré dans le chœur de l'église de Saint-Amour où il y repose toujours.
  2. Etat des lieux établi par Jean Baptiste Rousseau architecte, demeurant à Saint-Amour, expert nommé par délibération du Directoire du District d'Orgelet le 25 Novembre 1790.
  3. Les bâtiments, vendus au titre des Biens nationaux, ont été estimés par l'architecte Rousseau à 20 500 Livres
  4. Il s'agit du Moulin Montgy.
  5. Saint Jean d'Etreux était en France depuis 1601. Frontière à la sortie de Cessia.


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