DON D'UNE PLACE DE CIMETIERE A COTE DE L'EGLISE PAROISSIALE PAR LE COMTE DE SAINT-AMOUR LE 26 AOÜT 1759


La déclaration du roi prescrivant d'enterrer les morts en dehors des églises date du 10 Mars 1776. Le décret du 23 prairial an XII (1er juin 1803) a renouvelé cette interdiction. Auparavant, les morts étaient enterrés dans les églises. C'était le cas à Saint-Amour où des nobles et des bourgeois possédaient des caveaux. Guillaume de Saint-Amour 1 avait, paraît-il, un tombeau magnifique. Les comtes de Saint-Amour1 , la famille de Laubespin, les Vuillemenot, seigneurs de Nanc, des nobles récents comme les Bernard de Dompsure ou les Gaillard de Lavernée, la famille Bonnefoy de Balanod, héritière des Demoncel et apparentée à Maître Claude François Renaud, notaire royal, avaient également leur sépulture dans les chapelles de l'église paroissiale. Les emplacements devenant restreints, il fallut agrandir. C'est alors que Jacques Philippe de la Baume2 , Comte de Saint-Amour3 , fit un don exceptionnel. Nous reproduisons cet acte, extrait des minutes notariales:

 

<< Par devant le notaire royal soussigné, en présence des témoins cy-après nommés, est comparu en personne Messire Jacques Philippe de la Baume, Comte et Seigneur de Saint-Amour, Baron de Châteauneuf, Villeneuve, Saint-Sulpice, Chatonnay et autres places, ancien Colonel de Dragons, Maréchal Imperial et Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, demeurant actuellement audit St Amour, lequel pour luy, ses héritiers, successeurs et ayant cause, connaissant le peu d'étendue du Cimetière de l'église paroissiale de cette ville surtout dans la partie du côté du vent, et que la petite place qui existe au-devant de la porte principale et des augives du côté de bise de la même Eglise ne peut servir dorénavant sans danger à inhumer les Corps des Paroissiens pour les incovénients que l'odeur des Cadavres peut en faire résulter par la proximité des maisons qui les environnent, que d'ailleurs cette petite place pourrait être entretenue pour la décoration de la ville, ledit Seigneur en considération de ce que effet et parce que telle est sa volonté, donne et cède irrévocablement par les présentes à perpétuité avec promesse de garantie, envers et contre tous, à Messieurs les Maire, Echevins et Conseillers du Magistrat dudit Saint-Amour, stipulant et acceptant et humblement remerciant pour le faire, Sieur Joseph Philippe François, Avocat au Parlement, Bailly et Maire actuel de la ditte Ville de Saint-Amour y demeurant, cy présent, tant en son nom que des autres supots dudit Magistrat qu'il promet faire agréer et ratifier le contenu en cette à première réquisition aux peines de droit, une place en herbes ou hermittures dans l'enceinte et du côté du soir du Château de St-Amour, appartenant audit Seigneur Donateur au joignant du côté de bise du mur du Cimetière de l'église de lad ville, contenant quatre vingt seize pieds de longueur de matin à soir du côté du vent, aboutissant devant une maison appartenant à des Chapelains de la même Eglise jusqu'à l'angle qui est au matin à vent dudit mur de Cimetière, vingt six pieds dans la largeur du côté du soir près laditte maison de Chapelle et quarante pieds aussi de largeur dans la partie orientale aboutissant à l'angle du mur dudit Cimetière, le tout à la mesure de Roy, laditte place confinée de matin et vent par le surplus du terrain de l'ancienne Cour dudit Château de cette ville, du soir par laditte maison, de bise par le mur dudit Cimetière qui à ce moyen sera transporté avec et dans l'œuvre de laditte place, ainsy que tous autres murs à y construire, aux frais de laditte ville, de façon qu'ils ne puissent contenir un plus grand espace de terrain que celuy icy relaché, et seront lesdits murs alignés aux angles de laditte maison et mur de Cimetière cy devant énoncés, sauf plus amples et meilleurs consentements, francs, quitte et exempts de toutes charges, servitudes, hypothèques et obligations quelconques, transportant ledit Seigneur Donateur audits Donataires tous droits de propriété, fond, tréfond et autres qu'il pourrait avoir sur laditte place s'en défaisant à leur profit, à charge toutefois qu'ils ne pourraient employer laditte place qu'à augmenter leur Cimetière de l'église Paroissiale pour le bien public, moyennant quoy ledit Seigneur Comte de Saint-Amour jouira et aura ainsy que ses successeurs le droit perpétuel à liberté exclusive à tous autres de faire placer toutes et quantes fois il le jugera à propos, spécialement les jours de foires, marchés et de rapport, des bancs et banchages qu'il anodiera à des marchands pour son profit particulier tout le long des murs et augives du côté de bise et au devant de la place qui existe à soir de la principale porte de l'église paroissiale de St-Amour de la même manière qu'il se pratique sous la haie qui les avoisine, aquoy lesdits Sieurs du Magistrat de St-Amour, par le fait dudit Sieur François, Maire actuel, consentent, cèdent et relâchent lesdits droits exclusifs audit Seigneur ce acceptant, tant pour luy et ses héritiers et ayant cause, en jouir perpétuellement sans aucun trouble, promettent les luy maintenir et garantir envers et contre tous, aux peines de droit , ainsy comme stipulé et mutuellement accepté entre les parties qui sont toutes clauses de devestiture, investiture, confliture précise, promettent l'entière exécution des présentes dont elles estiment l'objet à la somme de vingt quatre livres sous l'obligation des biens dudit Seigneur et de ceux de laditte ville au privilège du Sel de Roy, aux renonciations de droit, fait, lû et passé audit St-Amour en l'hôtel dudit Seigneur, avant midy le vingt six jour du mois d'août l'an mil sept cent cinquante neuf, par devant moy Claude François Renaud, Notaire Royal Tabellion, demeurant en laditte ville, en présence des Sieurs Philibert Perrod, prêtre Chanoine en l'église Collégiale et Paroissiale de Saint-Amour et du Sieur Etienne Morreley praticien 4, les deux demeurant en laditte ville témoins requis et soussignés avec ledit Seigneur et ledit Sieur François.>>

Signé: Jacques Philippe de la Baume Saint-Amour

François

Perrod prtre

Morrelet

Renaud

Saint-Amour, Mai 1996

Additif: le cimetière fut ensuite transféré entre le Besançon et la voie ferrée, à l'emplacement des logements sociaux actuels, puis les tombes furent mélangées avec les marbres. Le 9 Décembre 1821, le conseil municipal jugea l'emplacement du cimetière trop sujet aux inondations. Il fallait également assurer l'inhumation des cholériques. On créa donc le cimetière actuel, près de l'hôpital des Capucins le 11 Mai 1832.

Rappelons, que le cimetère des pestiférés était un petit enclos situé au Moulin Montgy dans un  lieu appelé pré Fèvre. On y allait en procession pour la Saint Roch. Les victimes de la Peste étant écartées, après celles de la Lèpre, à la Maladière.


NOTES
  1. Auteur de << De periculis novissimorum temporum >> où il prend à partie les ordres mendiants. Mort à Saint-Amour le 12 Septembre 1272. Sur sa tombe actuelle, située a gauche du chœur de l'église de Saint-Amour, on devine quelques mots de son épitaphe:
Dux et lux cleri., cor et sententia veri,

Vir pius et charus viduit, jacet hic tumulatus;

Omnibus, hunc, hori, plebs sancti plagat amoris,

Tutorem villæ, tutor, quia deficit ille.

Obiit anno 1272.

D'après l'annuaire du Jura - année 1813 - page 94.
  1. Dans la chapelle N.D du Rosaire, où se trouve la chaudière du chauffage central, les Seigneurs de Saint-Amour avaient leurs tombeaux. Elle possède une magnifique voûte du XVe siècle.
  2. Une borne aux armes de la famille de la Baume a été tirée d'un bois et placée au croisement de l'avenue de la gare et de l'allée de Nice. Elle est ornée d'une couronne comtale (la baronnie de Saint-Amour a été promue à la dignité de comté par Philibert II en faveur de Louis de la Baume, cousin et héritier de Philibert, en 1570.
  3. D'après un acte des environs de 1790, le moulin de Mailly s'appelait à l'origine le moulin de la Baume. Acheté par Pierre Mayer, beau-père de Denis Joseph Saint-Sulpice, maire de Dompsure, et Mayer, en patois bressan, se dit Mailly.
  4. Praticien = Avoué


Signature du Comte de Saint-Amour
Vue ancienne de l'église de Saint-Amour
Philibert de la Baume, seigneur de Saint-Amour (XVIe siècle)

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