SAINT-AMOUR, VILLE FRONTIERE DE FRANCHE-COMTÉ


 

<< Bienvenue à Saint-Amour, porte de la Franche-Comté >> est ce que l'on peut lire à l'entrée de la ville lorsque l'on vient du Sud. Mais sait-on que cette situation de ville frontière remonte à la plus haute antiquité ?

Cette situation historique peut se prouver par des raisons géographiques et des raisons étymologiques que nous nous proposons de réunir dans cet article suivant des avis plus anciens et plus autorisés1 .

1) Raisons géographiques

Existence de bornes antiques ou d'élévations de terrains que nous trouvons:

Aux Quatre-Bornes. Les Quatre-Bornes étaient des tas de pierre désignés dans des plans de 1803 et dans des titres plus anciens sous les noms de Mottes; telles étaient les deux mottes Brenoz, la Motte au Bault, puis une quatrième à quelques pas au Nord des précédentes. Ces tas de pierre ont servi par la suite de limites entre la Bourgogne et la Franche-Comté, puis tout naturellement aux départements de Saône-et-Loire et du Jura. Certains les attribuent à la Reine Brunehaut. On peut les voir, à l'heure actuelle, considérablement amoindries et recouvertes de broussailles, dans les champs dits "en Brenoz" sur le territoire de Granges-de-Nom, de part et d'autre de la voie romaine de la côte.

Brennus était le chef gaulois qui prit Rome en 390 avant J-C. Brenn était le nom celtique du Roi des Séquanes.

On a trouvé, au siècle dernier, dans une des mottes le sabre << du général Brenoz >>. Ce sabre a été déposé au Musée de Lons-le-Saunier.

Aux Mottes ou Poypes de Saint-Sulpice. Des bornes similaires, représentées par deux élévations de terre, se trouvent à l'Ouest de Saint-Amour, près de Saint-Sulpice, dans le département de Saône-et-Loire à la frontière de celui du Jura.

A la Poype de Foissiat dont on parle dans les hommages rendus en septembre 1272 à Amé de Savoie, seigneur de Bâgé et de Bresse, mari de Sibille de Bâgé2.

A Pirajoux, situé sur un monticule.

Près de Simandre, des bornes de cinq à six pieds de hauteur étaient considérées comme les limites du Royaume de Bourgogne3 .

2) Raisons étymologiques

Les noms de lieux confirment ces limites anciennes:

Marcia, près de Joudes, la marche

Frontenaud, de Frontenar , la frontière4 . Ar en celte signifie frontière ou barrière, d'où l'origine du nom de la Saône, en latin Arar 5 , la barrière entre les Séquanes et les Eduens ou de l'Aar qui arrose Berne. Pont-ar -lier doit signifier pont près de la frontière.

Arbuans près de Champagnat. Aromas, Arinthod sur la côte.

Labarre, près de Louhans. A nouveau, la barrière6 .

Pirajoux, dans les chartes7Petrayor , peut signifier aussi bien Petra Jovis, la pierre à Jupiter que Petra Juxta , la Pierre Frontière. Pir, nom en patois bressan, de la pierre .Or est un radical qui rappelle l'origine donc la limite8 .

Les mottes pyra smidales de Saint-Sulpice seraient situées au lieu dit << en Pyra >>.

Il est très curieux de remarquer qu'on retrouve Mercey et Pierrejeu à d'autres frontières sur les bords de Saône.

 

Si donc, nous nous trouvons aux limites de la Séquanie, on comprend alors la séparation plus récente entre la Franche-Comté et le Duché de Bourgogne, entre la Franche-Comté et la France. Du côté de Coligny, plus précisément à Cessia, il y avait une borne frontière qui matérialisait la séparation des deux états avec d'un côté le Lion de Franche-Comté et de l'autre le Lys de France. Cette borne a été malheureusement déplacée et se trouve maintenant entre Saint-Jean d'Etreux et Coligny. Mais il reste le lieu-dit Varesson au pied de Saint-Jean qui contient le préfixe Varra c'est-à-dire en celte la frontière

Ainsi s'explique aussi la rivalité séculaire entre Bressans et Montagneux. N'oublions pas que des Bressans ont prêté main forte aux troupes de Louis XIV lors de la destruction des châteaux de la région, notamment du château de l'Aubépin9 . De nombreux procès de frontières ont eu lieu avant la Révolution entre les habitants de Granges-de-Nom et ceux de Cuiseaux. Longtemps, la région proche de Saint-Jean fut une région litigieuse. Le registre B26510 est un recueil de procès-verbaux des enquêtes effectuées en 1611 et 1612 par les commissaires du roi et ceux de l'archiduc Albert de Bourgogne et de son épouse, l'infante Isabelle Claire-Eugénie pour définir les limites entre le Royaume et le Comté de Bourgogne11

 

De nos jours, on comprend pourquoi la séparation entre les trois départements du Jura12 , de l'Ain13 et de Saône et Loire se trouve près de Saint-Amour. La soi-disant ridicule enclave du canton de Cuiseaux entre les terres de Franche-Comté obéit en fait à des raisons profondes.

 

Saint-Amour, Avril 2000

 

 

Le Lion de Franche-Comté et le Lys de France

 


 

 

Frontière entre la France et la Franche-Comté en 1613 dans la région de Saint-Amour

Chazelles, Ville-sous-Charmoux, Romanèche, Orgent, Coligny-le-Vieil, Champel, la Tour, Valresson, Cléria, Dingier et Salavre appartenaient à la Franche-Comté.

Cessia, Saint-Jean d'Etreux, Charmoux, Coligny-le-Neuf, le Châtaignat, Vergongeat, Saint-Rémy-du-Mont et Poisoux relevaient de la Savoie et à partir de 1601 (Traité de Lyon) de la France.

On voit donc que ces limites n'ont pas été conservées lor de la création des départements de l'Ain et du Jura en 1790. Orgent et La Ville-sous-Charmoux et Salavre sont passés dans l'Ain. Cessia et Saint-Jean d'Etreux sont venus dans le Jura.

De même, lors de la création du diocèse de Saint-Claude, Rosay, Cuisiat, Gigny, Saint-Amour qui dépendaient de l'Archevêché de Lyon furent rattachées à l'Archevêché de Besançon (1822) .


NOTES
  1. - Désiré Monnier. Annuaire du Jura 1818.
  2. - Histoire de Foissiat par Jean Pernot, 1943.
  3. - Un de ces antiques monuments a été découvert par Droz vers 1766.
  4. - Signalons l'usage médiéval consistant à placer un grand nombre d'églises-frontières sous l'invocation de la Sainte Croix ou de Saint Christophe. Sainte Croix est située à côté de Frontenaud.
  5. - Jules César. Commentaires de la Guerre des Gaules: << Flumen est Arar >>. Ar est répété deux fois pour insister. Certaines langues, comme le Malais, utilisent cette répétition pour marquer le pluriel.
  6. - Comme Montbard , en Côte d'Or.
  7. - De Frédéric Barberousse.
  8. - Par exemple, le Mont d'Or, près de Pontarlier. Rappelons la célèbre citation de Jules César: << In occidenta sita est ora mundi >> La frontière du monde se trouve à l'occident !
  9. C'est le cas d'un de Montjay, originaire du marquisat de Saluces.
  10. - Registre B 265- Archives du département de la Côte d'Or et de l'ancienne province de Bourgogne. Sur ce plan, on voit peu d'arbres ! Jusque vers 1914, cette partie du Revermont était occupée par des vignes et par suite peu boisée. Chaque ferme de Bresse possédait une vigne sur la côte !
  11. - Archives de la Côte d'Or- B 264- Lettres patentes fixant la frontière.
  12. - Bullet, dans son Dictionnaire celtique, explique ainsi l'origine du nom Jura: ju (prononcez jou), sapin et rhas, grand, beaucoup. Le Jura est le pays où il y a beaucoup de sapins. Pour d'autres, ce serait une déformation du Mont Jouve (de Jovis, Jupiter), mont qui attire la foudre. Le Mont Jouve est situé près du col du Grand-Saint-Bernard. Les deux explications ne sont pas contradictoires puisqu'on sait que les sapins attirent la foudre.
  13. - Le nom de la rivière d'Ain qui a donné son nom au département pourrait provenir de l'arabe aïn , la source et provenir d'invasions sarrasines. Pour Désiré Monnier, Dain , latinisé dans Danus , veut dire vite. A l'appui de cette thèse, on trouverait Rho-danus , le Rhône, Danu-bius , le Danube, Jor-danis , le Jourdain. Rho-danus signifierait la rivière rapide .


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