NOS ANCETRES LES GAULOIS, A SAINT-AMOUR

7ème édition


Les Gaulois adoraient les montagnes, les sources et les rivières. Dans leur langue celtique, la source sacrée se disait suria et tout naturellement celle-ci est devenue le Suran1. Au voisinage de cette source se sont établies les premières colonies gauloises. Essentiellement des huttes en bois car la forêt dominait2 .

Leurs prêtres, les druides cueillaient le gui3 sur les chênes4 du Mont Février5 avec une faucille en or et on peut imaginer qu'ils offraient des sacrifices à leurs divinités. Des sacrifices d'animaux, comme le sanglier qui était leur emblème. On en veut pour preuve que le sanglier se dit Ver dans leur langue et que, partout autour, on retrouve ce préfixe. Dans Vergongeat, grand lieu de rassemblement sur la côte, où la vue est étendue. On y voit même le Mont Blanc par beau temps. Dans le lieu-dit en Verpois , au pied du Revermont, où on a trouvé le Calendrier Gaulois et le Dieu de Coligny. Dans Véria, petit village de l'autre côté. Le chêne, arbre sacré, très répandu, appelé Senes, a donné son nom au village de Senaud et, sans doute, au hameau de Vaucenans (Vaux-Senans )6 , berceau de Saint-Amour. Ces réunions, où on adorait le Soleil ou Belen7, donnaient lieu à des fêtes bruyantes et licencieuses. A Saint-Garadoz, sur la côte de Laubespin, les femmes se laissaient rouler sur le dos pour avorter ou pour avoir des enfants8 . Il y avait des danses sur le pré. On buvait beaucoup dans des cornes de bœufs. Par la suite, ces festivités se sont perpétuées jusqu'à nos jours. Des marchands amenaient des victuailles et on découpait de gros quartiers de viandes notamment des porcs. Les salaisons gauloises étaient très appréciées des Romains. Strabon nous rappelle que les Gaulois envoyaient des jambons jusqu'à Rome: << Sequanis optima suilla salsamenia Romae deferentur >>.  Le sel extrait des Salines de Salins, était par la suite acheminé par de petits ânes le long de la voie romaine. Les Sarrasins, habitués à la conservation du poisson séché et salé, leur avaient appris cet usage du sel. La culture du maïs en Bresse9 vient de l'Amérique.

Le porc se dit en patois bressan Vera. On retrouve encore le radical Ver. Ces porcs10 ou ces sangliers se nourrissaient de glands ce qui a donné son nom au village de Balanod. Balanos, en grec, veut dire gland. Les porcs se nourrissaient des glands du chêne et on faisait même à partir de ces glands une boisson rappelant le café11 . La présence d'animaux sauvages dans cette région est attestée par le lieu-dit le Creux de la Sorcière , déformation du Creux des Orcières ou Creux des Ours et par le nom de Besançon attribué à la rivière de Balanod. Besançon vient en effet de Biefsançon, en latin Vesontio, la montagne au bisons. Des grottes avec des restes d'animaux ont été trouvées sur son parcours. Et il faut reconnaître que le site est sauvage et propice à leur présence.

Le village de Montagna, dont le nom vient du latin Mons ignis, la montagne en feu, rappelle les feux de la Saint-Jean12 et le culte du soleil13 au solstice d'été le 25 juin. Le dimanche des Brandons également où l'on se promène avec des torches allumées14 . Au-dessus de Loisia, il existe même un lieu-dit le feu de joie ! 15 Toutes ces traditions, de la bûche de Noël ou de boire à la santé, sont des restes de traditions plus anciennes, de traditions gauloises. Les gaulois affectionnaient également les chevaux. A la vie des chevaux, inséparables compagnons de la noblesse gauloise, présidait la déesse Epona. Or, justement, on a trouvé à Loisia, au siècle dernier, une statue de la déesse Epona.

Lors de l'arrivée des Romains, il y eut des bouleversements, mais pour satisfaire aux croyances et traditions du peuple les idoles furent conservées. Belenus, ce dieu qui représentait la force réchauffante et bienfaisante du Soleil, devint Apollon, représenté à notre avis par le dieu de Coligny et Teutatès 16 devint Mercure. On éleva des temples à Mercure17 , le dieu des marchands18 et des voyageurs. Une tradition constante prétend qu'une des église de la région a succédé à un temple dédié à Mercure, église de Saint-Amour ou église de Nanc19 sur la voie romaine de Lons à Coligny par la côte. Apollon devint le dieu de l'amour. Le mont d'Amour20 , le pont de Carlet ou pont des amours, rappellent ce passage. Non loin se trouve le lieu-dit Champ-Diot, le préfixe dio -, ou divo -, étant caractéristique de ces villages sacrés qui marquaient généralement, au voisinage des routes, l'entrée dans une nouvelle cité 21.

Puis lors de la christianisation, les idoles sont renversées22 . Beaucoup sont enfouies comme le dieu de Coligny. A nouveau il fallut conserver les traditions. C'est tout naturellement qu'Apollon devint Saint-Amour et Mercure Saint-Viateur 23. Saint-Amour et Saint-Viateur sont désormais les deux saints patrons de l'église de Saint-Amour. La translation des reliques de deux martyrs de la légion thébaine à Saint-Maurice d'Agaune, ramenées par le roi de Bourgogne Gontran en fit une légende mais il nous semble vraisemblable que les noms des deux saints aient existé avant cette translation.

Il nous semble donc que la région de Saint-Amour confirme la théorie de succession des religions. Comme le disait Camille Jullian24 : <<Toute religion qui triomphe hérite autant de celles qu'elle a vaincues que des apôtres qui l'ont fondée>>.

 

 

Le Dieu de Coligny

(Musée Gallo-Romain de Fourvière)

  

Note complémentaire sur les rapports entre les Ligures, les Gaulois et les Celtes:

Les Ligures seraient le peuple et la langue qui auraient dominé en Gaule et en Occident avant l'apparition du nom gaulois ou du nom celtique. Un nom, une langue et un peuple à la rigueur mais pas une race. Ces Ligures renfermaient des hommes de toute origine, des blonds venus du Nord, des bruns venus du Midi, des Alpins solides et trapus, des Méditerranéens agiles et souples. Parmi eux se trouvaient des hommes pareils à nos Flamands et d'autres pareils à nos Provençaux. Nul d'entre nous n'a le droit, en examinant sa structure physique et ce qu'il croit être sa race, de dire qu'il est un Ligure, et non pas un Gaulois ou un Romain. Ce qui est vrai, c'est qu'il est fils et petit-fils de Romain et de Gaulois: ces trois noms, et ceux de Francs et de Français après eux, qualifient des situations politiques qui se sont succédé et non pas des espèces ethniques qui se sont juxtaposées. Le poète et le juriste de Rome, le vergobret25 de la Gaule, le Druide de la Loire, le Ligure des dolmens, ont également travaillé à faire le génie de notre nation et à faire le génie de chacun de nous. (Extrait de l'ouvrage De la Gaule à la France de Camille Jullian - 1921).

 

Saint-Amour, Novembre 1998

 

 

 

 

Apollon Bélénus

Musée National de Copenhague

 

 

Gauloise

Bélénus
Teutatès
Romaine
Apollon
Mercure
Chrétienne
Saint Amour
Saint Viateur

Correspondance entre les religions de Saint-Amour


NOTES
  1. La déesse Sirona, compagne du dieu soleil, l'aidait dans son œuvre. Elle produisait sans doute à la fois la douce lumière de la Lune et les eaux salutaires des fontaines. (cf Lucien Febvre Histoire de la Franche-Comté page 20 et Désiré Monnier annuaire du Jura)
  2. Le nom du hameau de Colonosay vient de Colonia Sequanorum, colonie des Séquanes. Les Séquanes sont les premiers Gaulois habitants la région.
  3. Le gui est un remède contre l'hypertension.
  4. La lune, également, semble avoir été chez eux en grand honneur. Ils cueillaient le gui le sixième jour de la lune de décembre parce que l'astre, à ce moment leur semblait avoir toute sa force. (D'après Albert Grenier, les Gaulois, 1923). Ils ne divisaient l'année qu'en trois saisons, l'hiver, le printemps et l'été.
  5. Le bois du Diévan (Dei fanum=temple de Dieu), près de Loisia, semble avoir été jadis un bois consacré à des dieux. Le petit village de Charnay porte un nom de lieu qui marque l'habitation de druides.
  6. Le mont Février est le plus haut sommet du Revermont. Dans Revermont il y a aussi le radical ver.
  7. On a trouvé sur son territoire des pièces de monnaie gauloises. Vaux-Senans pourrait signifier mot à mot << la vallée des druides >>. Senes aurait donné <<saint>> et se retrouve dans sénateur, senior. L'île de Saint avait un collège de druidesses.
  8. Un quartier de Saint-Amour s'appelle en Belzin. Il rappelle le culte de Belen. Il existe un Belzin à Coligny.
  9. D'après Lucien Guillemaut, historien de la Bresse louhannaise, les femmes priaient autour d'un feu pour ne pas avoir mal aux reins en moissonnant !
  10. D'où le surnom de « ventres jaunes » donné aux Bressans.
  11. Saint-Antoine a toujours été très honoré en Bresse pour les soins qu'il donna à son cochon. L'église de Beaupont est dédiée à Saint-Antoine.
  12. Succédané du café pendant la deuxième guerre mondiale.
  13. Saint-Jean d'Etreux pourrait rappeler le culte du Soleil dans les environs. Les fêtes paiennes ont été transformées en fêtes chrétiennes. Il ya un lieu-dit Pierrefeu à Montagna.
  14. Le Soleil, la Lune, le Feu et la Terre sont les hautes puissances que l'homme est d'abord enclin à adorer.
  15. Pour certains, ces torches purifiaient les champs afin d'en écarter les mauvais génies. Pour d'autres, on portait des torches en l'honneur de Cérès, déesse des moissons (des céréales !)
  16. Sous la montagne du Feu de Joie se trouve un étroit vallon du nom de Bellecombe. Comme le remarque Désiré Monnier dans l'annuaire du Jura de 1862, ce nom de Bel-combe peut tout simplement signifier la Combe de Bel.
  17. Teutatès signifie en Celtique père du peuple (D'après Courtépée, Histoire du Duché de Bourgogne )
  18. << De tous les dieux, c'est Mercure que les Gaulois honorent le plus généralement; on trouve de lui les simulacres les plus nombreux. On en fait l'inventeur de tous les arts, le maître des routes et des voyages; c'est à lui qu'on attribue tout ce qui concerne les gains d'argent et le commerce>> (D'après les Commentaires de la guerre des Gaules de César, VI,17)
  19. Marchand dont le nom latin mercator vient manifestement de Mercure.
  20. ou encore à Saint-Rémy du Mont, ou encore à l'Aubépin.
  21. Lieu-dit de Saint-Amour.
  22. Ce préfixe dio- a donné son nom à la ville de Dijon.
  23. L'église de Nanc est dédiée à Saint-Martin et on sait que Saint-Martin a renversé les idoles.
  24. On se reportera à notre étude sur Saint-Viateur, nom très curieux pour un saint !
  25. La même situation se retrouve à Molain, près de Poligny, dont l'église est sous l'invocation de saint Viard, nom vulgaire de saint Viator et qui a dû succéder à Mercure. L'autel présente un S.V. entrelacé. Molain viendrait de mediolanum « au milieu de la terre », lieu consacré à la vierge, d'après Désiré Monnier, maid, maiden, en ancien saxon, la fille, en celtique la vierge. lain le temple. En tout cas certainement lieu sacré. Et à côté de Saint-Amour, où serait le mediolanum ? Nous le voyons dans le Mont-Myon qui possèderait la même étymologie (ainsi que Montmélian et Milan !). Le Mont-Myon a certainement dû être un lieu de rassemblement sacré. A rapprocher également la pierre Amion ou pierre à Myon, qui perce la montagne du Colombier, dans le Valromey.
  26. Au pied du Mont-Myon passe une voie romaine. A Molain se trouve la forêt des Moidons, traversée par un grand chemin, que l'on croît être romain, et qu'on appelait la vie blanche, parce qu'il était très fréquenté.
  27. Histoire de la Gaule
  28. le Vergobret : le magistrat suprême pour les Celtes. On peut rapprocher de ce nom Vergongeat .

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