GUILLAUME DE SAINT-AMOUR


Guillaume de Saint-Amour1 , savant Bourguignon, Docteur de Sorbonne, Chanoine de Beauvais, Défenseur zélé des droits du Clergé contre les prétentions outrées des Moines mendiants, fut loué et persécuté par les Papes selon leurs préventions. Les Moines même l'ont mis sans raison au nombre des Hérétiques. Leurs intrigues le forcèrent à se retirer en Bourgogne, où il mourut le 12 Septembre 1272 à Saint-Amour, dernier endroit de la Comté près de la Bresse. Sa tombe est au Chœur de l'Eglise Paroissiale, où l'on lisait encore cette épitaphe2 :

Dux et lux cleri., cor et sententia veri,

Vir pius et charus viduit, jacet hic tumulatus;

Omnibus, hunc, hori, plebs sancti plagat amoris,

Tutorem villæ, tutor, quia deficit ille.

Obiit anno 1272.

Il donna sa maison pour en faire un hôpital, et sa mémoire est en vénération dans le Pays. Il écrivit contre l'hérésie des frères mendiants, trois livres auxquels il a donné ce titre: << De periculis novissimorum temporum >>3 . Il vécut sous Saint-Louis.4

Guillaume de Saint-Amour5


 


La Tour Guillaume à Saint-Amour



 

Vue générale de Saint-Amour en Franche-Comté


 

Bref aperçu de sa vie

Guillaume de Saint-Amour, de concert avec Robert de Sorbon6 , fonda la première congrégation qui prit le nom de ce dernier et dont il devint un des premiers docteurs. Il devint ensuite successivement procureur de la nation de France auprès de cette école, recteur7 et enfin syndic de l'Université de Paris.

Protégé du Comte de Savoie qui le soutint durant ses études, sans doute pour les premières auprès du chapitre de Saint-Vincent de Mâcon8 , étudiant puis maître en théologie à l'Université de Paris, il fut élu doyen de ses pairs en 1250 environ. C'est sans doute de cette époque que datent ses principaux traités de logique, dans lesquels il commente Aristote: Sur les Premiers Analytiques (In Priora Analytica) et Sur les Seconds Analytiques (In Posteriora Analytica). Mais il semble n'avoir étudié ni le De cælo ni la Physique du Stagiritte, ce qui le rattache aux autres maîtres de logique du XIIe siècle, tels Bernard de Scanciza et Mathieu d'Orléans. Resté sous-diacre, il est muni des revenus d'une cure et devint chanoine des cathédrales de Beauvais et de Mâcon.

Guillaume, semblable en cela à plusieurs autres maîtres de Paris, ne tolère pas l'ingérence de plus en plus grande des ordres mendiants dans l'enseignement de l'Université. Essentiellement juriste, il est indisposé par leur éloignement du clergé séculier et de la piété traditionnelle. Il veut limiter leurs privilèges, jeter le discrédit sur leur genre de vie, leur interdire le ministère et l'accession aux chaires universitaires. Il s'attaque spécialement à Saint Bonaventure qui, après avoir suivi à Paris l'enseignement d'Alexandre de Halès, y occupa en 1248 une chaire qu'on venait de réserver aux franciscains. Au début de 1255, après la quasi démission de Bonaventure de son poste, l'Université de Paris, sur la demande de Guillaume, suspend les maîtres réguliers. Dans le même temps, après un premier voyage à Rome en 1254, le pape Innocent IV limite le nombre de chaires que pourront occuper ces derniers et annule certains privilèges des ordres mendiants. Cependant, quelques mois après, Alexandre IV abroge ces décrets et ordonne à l'Université de Paris de recevoir de nouveau Dominicains et Franciscains à la faculté de théologie. Guillaume tente alors de montrer que les ordres mendiants, à la manière de Joachim de Flore, croient à la venue d'un âge théocratique et d'un Antéchrist (Liber de Antechristo et ejusdem ministris, 1255 ). En 1256, Guillaume est privé9 par le pape Alexandre IV10 de toute charge académique et administrative: le 23 octobre, le pape confirme Dominicains et Franciscains dans leurs droits à occuper des chaires et nomme à la faculté de théologie le franciscain Bonaventure et le dominicain Thomas d'Aquin 20 ( qui ne seront pourtant reçus maîtres qu'en 1257). Guillaume ne désarme pas et obtient de nouveau une condamnation vigoureuse des ordres mendiants par un certain nombre de maîtres parisiens ( De periculis novissimorum temporum ). En 1257, Guillaume est encore une fois condamné par le pape, qui le fait bannir de France. Le théologien se retira alors à Saint-Amour, en Franche-Comté, où il resta11 jusqu'à la mort d'Alexandre IV (1260). Il retourna à cette époque à Paris, y reçut des membres de l'Université et des écoliers un accueil enthousiaste, recommença sa lutte contre les moines mendiants et compléta son livre << De periculis >> par un autre intitulé: << Collectiones catholicae et canonicae scripturae >>19 lequel lui valut une lettre bienveillante du nouveau pape Clément IV12 .

Rentré d'abord en France, grâce à Urbain IV, en 1266, il se retire à Saint-Amour13 , en Franche-Comté, sans cependant cesser de polémiquer contre ses ennemis jurés. Il meurt à Saint-Amour, le 13 septembre 127214 .

Guillaume de Saint-Amour était un savant, régulier dans sa conduite, mais d'une imagination exaltée, qui lui faisait souvent dépasser les bornes de la modération dans les choses qui contrariaient ses idées. A la racine de son hostilité contre les ordres mendiants, il n‚y avait pas seulement que la concurrence des chaires de l'Université. Conservateur, il haïssait les mentalités nouvelles, le nouveau style, les Ordres nouveaux et par-dessus tout l'entrée de l'œuvre d'Aristote en théologie. Ses ouvrages ont été imprimés à Paris en 1632, 1 vol in-4°. Ils ont tous pour objet de réfuter les prétentions des religieux mendiants et renferment beaucoup de déclamations15.

 

 

 

Vue de la Rue de Bresse autrefois

 

La tombe de Guillaume de Saint-Amour

 

Où était le tombeau16 de Guillaume de Saint-Amour ? Un document de Guy Colombet nous dit: "Le tombeau de ce très illustre docteur se voit dans l'église paroissiale des Saints Amour et Viateur, regardant le midi, sous une voûte qui recouvre le tombeau". Nous n'avons rien de plus précis. Il était sans doute dans une muraille de l'église près de la porte principale; est-ce dans le mur derrière l'escalier de la tribune ou dans le même mur, à l'extérieur ? Peut-être un jour des réparations nous le feront-elles découvrir.

C'est auprès de ce tombeau que chaque année, "au dimanche du my-caresme", les bourgeois de St-Amour se réunissaient pour élire le recteur de l' hôpital . Nous en trouvons mention dans les registres de délibérations de l'hôpital, que nous possédons depuis 1656.

Lorsque l'on restaura l'église, après les ruines accumulées par le siège de 1637, les recteurs de l'hôpital se préoccupèrent de ce tombeau et, le 9 octobre 1702, ils décidaient : "qu'il est important de faire restablir le tombeau de Guillaume de St-Amour, fondateur de l'hôpital ". Nous n'avons pas encore trouvé ce qu'on y fit.

Depuis la fin du XVème siècle,une statue ornait ladite tombe. Voici ce qu'en dit M.l'abbé Perrod dans une note manuscrite qu'il a laissée sur la " translation de la statue de Maître Guillaume de St-Amour, de la chapelle de l'ancien collège de St-Amour, à l'hospice de ladite ville, le mercredi 19 janvier 1897".

" Cette statue est haute de 60 cm. Guillaume est représenté en costume de docteur, à genoux, les mains jointes, les yeux levés au ciel. . . Sauvée à la Révolution par M. Gaillard de Dananche, elle fut placée par lui dans son jardin. En 1849, M. Corneille St Marc, alors principal du collège prononça, à la distribution des prix, l'éloge de Guillaume. A cette occasion, M.Gaillard de Dananche lui donna cette statue. Placée dans la chapelle du collège, cette image de Guillaume qui a une véritable valeur artistique et historique, y est demeurée jusqu'à ce jour, complètement oubliée et négligée,depuis surtout la suppression du collège et la désaffection de la chapelle. Sur les instances de M.Maurice Perrod, et avec le concours tout bienveillant de M.le docteur Châtelain, maire de la ville, elle a été aujourd'hui transportée à l'hôpital où on lui donnera une place honorable."

C'est cette statue qui se trouve sur un socle de marbre rouge, dans le couloir, près de la porte qui conduit à la pharmacie.

Les restes de Guillaume ne devaient pas demeurer dans ce tombeau. A une époque que l'on ne peut préciser, probablement vers la fin du I8ème siècle, ils furent transportés dans un caveau du choeur de l'église du côté de l'évangile, et dont l'entrée se trouve derrière le maitre-autel. On ferma ce caveau d'une pierre où on peut lire l'épitaphe dont nous avons parlé. Au début du 19ème siècle, on fit des transformations importantes dans le choeur; on l'éleva en particulier de deux marches. Cette dalle funéraire fut alors enlevée et placée dans le dallage d'un corridor qui conduit sur la petite place, au Nord; là, à moitié brisée, elle finit de s'effriter, et à peine quelques mots de l'épitaphe sont encore lisibles.

Et les cendres de Guillaume reposent avec celles des familiers17 et chanoines de St-Amour. Le 11 février 1730 y fut enterré F..Merle, le 18 avril 1734 G.Jobert le 5 février 1751 P.F. Déglans de Cessia, le 27 avril 1762 C.M. Conche, le 9 mars 1748 J.P. Colombet, le 22 octobre 1774 Nicolas Merle18 .


NOTES

 

  1. Il ne semble pas que Guillaume de Saint-Amour ait appartenu à la famille noble de Laubespin, qui régnait sur la région à cette époque.
  2. D'après Annuaire du Jura 1813, page 94. On peut la traduire par:
  3. << Ici repose le chef et la lumière du clergé, un cœur rempli de l'amour de la vérité, un homme pieux et cher aux indigents. Qu'à toute heure, la ville de Saint-Amour pleure son protecteur, puisque ce protecteur lui a été enlevé. Il est mort en 1272. >>
  4. Des périls des derniers temps
  5. << Vicenæ, hodie à S-Amore denominatum, oppidum mercatorum insigne, satis amplum, pontesque memorià Guihelmi à S-Amore perpetuò clarum, qui scripsit libros tres contra hæreses Mendicatum, quibus titulum fecit: De periculis temporum. Vixit sub Ludovico sancto. >> Extrait de la Description de la Franche-Comté de Gilbert Cousin, de Nozeroy - 1550 - Secrétaire d'Erasme.
  6. Ce cliché de Guillaume de Saint-Amour est de Maurice Perrod, d'après le frontispice de ses œuvres. Il existe un autre tableau de Guillaume de Saint-Amour dans un collège d'Oxford.
  7. Il paraît que Sorbon, voulait toujours voir le vitrail représentant Guillaume de Saint-Amour depuis sa table de travail. Dans l'apothicairerie de l'ancien hôpital de Saint-Amour, on peut voir un portrait de Guillaume de Saint-Amour, qui serait l'agrandissement d'une ancienne gravure du XVIIème siècle dessinée d'après ce vitrail. Mais ces vitraux ont été détruits au siècle précédent. On peut voir également à côté un petit tableau, don de l'abbé Maurice Perrod, réalisé d'après le frontispice de ses œuvres. On y voit Maître Guillaume " assis dans une chaire de bois sculptée, drapé dans l'hermine et coiffé du bonnet de docteur en théologie; il semble plongé dans une profonde rêverie. Sa figure est maigre, anguleuse, énergique; on lit la pensée sur son front droit, que bordent des sourcils minces et légèrement contractés, en lui donnant je ne sais quel air fier et obstiné; dans ses yeux enfin, brillent l'intelligence et l'audace. " Cette affirmation due à l'historien Duboulay, dans son Histoire Universelle des Parisiens, p.686, a été contestée par Maurice Perrod qui pense que le titre de Recteur n'a appartenu qu'à son neveu Pierre de Saint-Amour (Pierre Bellisson).
  8. D'après la thèse de M-M Dufeil: "Guillaume de Saint-Amour et la Polémique Universitaire Parisienne" Paris - Éditions A et J. Picard - 1972 page XXII.
  9. Par la bulle "Romanus Pontifex" du 5 Octobre 1256 d'Alexandre IV.
  10. ALEXANDER IV . 1254-1261.Archiepiscopos et episcopos ac abbates, priores ... et alios ecclesiarum praelatos per Franciam, Burgundiam, Picardiam, Britanniam et Normanniam constitutos hortatur ut magistros, doctores et alios qui sive in scholis sive in praedicationibus in suggillationem et diffamatiouem fratrum Praedicatorum et Minorum loqui praesumpserint, nisi verba sua publice infra certum terminum revocent, suspensionis, excommunicationis et perpetuaé privationis beneficiorum suorum ecclesiasticorum sententiis percellant. XII kal. Nov
  11. Il reçut la visite de son collègue et compatriote Thomas de Cuiseaux.
  12. Cinq des quarante manuscrits des Collectiones sont à Prague et sur cinquante-sept qui portent le De Periculis, une bonne moitié est du XVe siècle en Europe centrale (huit en Allemagne moyenne, douze dans les universités voisines de Wroclaw et de Vienne, treize en Tchèquie)
  13. Extrait de la plus vieille charte du Chapitre de Saint-Vincent de Mâcon mentionnant Saint-Amour: Circa annum 930 Berno episcopus confert alberico comiti ecclesiam Sanctorum Amoris et Viatoris << At dominus Berno pontifex, annuens precibus predicti comitis, contulit illi ecclesiam sanctorum geminorum Amoris et Viatoris, cum omnibus appendiciis, sicut superius inserta sunt>>... Hactum est hoc regnante Rodulfo rege.
  14. Il existe dans le fond de l'hôpital de Saint-Amour, deux copies de son testament (ADJ), à la Bibliothèque Municipale de Besançon trois copies (Balerne, ms 1697, fol. 1-13; Dunant, ms 11 p. 237-241; Chifflet, ms, 19, fol. 86-94); à Paris une copie (Arsenal, ms. 1228, fol. 536-545) toutes des XVIIe-XVIIIe siècles et en français. La première authentifiée, après la ruine de la ville en 1636, par l'official Philibert Colombet (Maurice Perrod, éd. 1902, p. 1734). Une charte de l'Abbaye du Miroir le mentionne en Février 1271 ainsi que son neveu Maître Jacques dans une remise de la Grange de Servillat (près de Cormoz) Réf: H114 Archives de Saône-et-Loire.
  15. Biographie Universelle ancienne et moderne. Paris 1811. Michaud Libraires.
  16. Extrait de l'article de M. l'abbé Rouget paru dans le Trait d'Union paroissial.
  17. Prêtres originaires du pays.
  18. Inhumé dans le caveau du côté de bize. (BMS 1768-1783)
  19. << Collectiones catholicae et canonicae scripturae ad deffensionem ecclesiastice ieraarchie et ad instructionem et preparationem simplicium fidelium Christi contra pericula eminencia ecclesie generali per ypocritas, pseudo predicatores et penetrantes domos et ociosos et curiosos et gerovagos. Incipit prologus Sapienciam antiquorum ... >> d'après un manuscrit ayant appartenu à Guillaume de Hollande, évêque de Beauvais, qui le donna à son église, pour l'usage des étudiants, le 15 février 1461. BNF
  20. Le Traité de Saint Thomas d'Aquin contre Guillaume de Saint Amour commence par: << Incipit tractatus sancti Thome de Aquino, ordinis fratum predicatorum, doctoris eximii, factus Parisius, anno Domini MCCLVII, contra quemdam libellum diffamatorium contra religiosos, compositum per magistrum Guillermum de Sancto-Amore, magistrum in theologia, et quosdam alios suos sequaces. Ecce inimici tui ... >> BNF


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