LES MALHEURS DU SEIGNEUR DE NANC SOUS LA REVOLUTION


Au moment de la Révolution Française, beaucoup de nobles furent persécutés. Ce fut le cas du Seigneur Vuillemenot de Nanc qui, craignant pour sa vie, rédigea une déclaration qu'il déposa chez un notaire de Saint-Amour, Maître Claude François Renaud.

Cette déclaration se présente comme un testament1 , scellé de cire rouge, et ficelé d'un ruban bleu, aux armes du Sieur comparant.

En voici le texte:

<< Je soussigné Frédéric Maurice Vuillemenot, Ecuyer, Seigneur de Nanc, Curny ..., demeurant à St Amour en Franche-Comté, y étant, certifie que le jour de mardi dernier vingt six may, environ les dix heures et demie du soir, me promenant par un temps couvert et brumeux sur la promenade de l'Arquebuse2 de cette ville, je me suis vu assaillir par les Srs Gaillard de St Sulpice, officier au Régiment du Maine, Merle le père médecin, Chambard fils aîné et puîné du marchand, Vandelle praticien demeurant chez Renaud notaire13 , Chanel marchand drapier, Faisand fils Commissaire à terrier, Baudoin armurier, Renaud fils aîné du notaire, et autre que je n'ai pu connaître, que m'ayant entouré ils ont tiré des épées et des cannes à épées contre moi et crié le mot répété plusieurs fois: tue, tue, tue, qu'ayant eu le bonheur de leur échapper, je suis rentré chez moi, poursuivi par les susdits, qui me voyant sauvé m'ont provoqué à sortir de chez moi, en me menaçant que je ne leur échapperai pas. Sur quoi, j'ai prié instamment le Sr de St Sulpice, porteur de la parole, de laver les coups de bâton qu'il a reçus d'un quidam connu, avant d'insulter ni provoquer personne. Et leur ai reproché à tous qu'ils agissaient comme des assassins et des lâches, et me suis couché. Comme, depuis cette époque, je m'aperçois qu'ils continuent à m'épier pour me faire quelques partis dangereux, que le fils dudit Merle s'est joint à eux pour me menacer, je requiers mes héritiers, et le procureur du Roi, de sitôt ma mort, informer suivant les ordonnances contre les susdits dénommés et tous autres qu'il appartiendra convenir, d'en donner avis joint à la présente déclaration au procureur général enjoignant à mesdits héritiers de ne jamais traiter pour cette affaire et de la faire juger en dernier ressort. Et pour leur faciliter les informations, je leur désigne préparatoirement les Srs Gauthier fils du notaire, Made leur mère et Mesdmes leurs sœurs, le Sr Joseph Dumolard fils et Jean Baptiste Arnoux aussi fils du marchand. Je requiers de plus que le présent acte sera consigné aux Greffes du Bailliage et du Parlement sans pouvoir en être distrait. Et pour témoignage de tout ce que dessus j'ai signé la présente que j'affirme vraie et sincère par serment et sur mon honneur.

Fait à Saint-Amour ce vingt-neuf mai mil sept cent quatre-vingt-neuf.>>

Signé: De Nanc

L'aîné

Pour comprendre une telle hargne de la part de certains bourgeois de Saint-Amour, il faut se replacer dans le contexte de l'époque. Les habitants de Nanc n'étaient pas tous propriétaires des biens qu'ils exploitaient. Des personnes étrangères au village, habitant pour la plupart Saint-Amour, possédaient des biens à Nanc.

En 1308, Odet de Laubespin, seigneur de Nanc, avait accordé à ses sujets une charte de franchise qui les libérait de la taille et de certaines corvées. En revanche ceux-ci devaient payer une redevance annuelle de 50 livres viennoises, payable moitié en espèces, moitié en nature.

Les seigneurs qui suivirent ne réclamèrent jamais tout ce qui leur était dû.

Mais en 1713, la famille Vuillemenot acheta la seigneurie pour la somme de 16000 livres. Et en 1742, Emmanuel Marie Joseph Vuillemenot écuyer, Seigneur de Nanc, entama un procès pour faire valoir tous ses droits seigneuriaux.

En 1745, le parlement de Besançon condamne les propriétaires à payer le cens dû au seigneur et l'arriéré depuis 1742.

Les propriétaires, groupés autour de Jacques Philippe de la Baume, comte de Saint-Amour, refusèrent de payer la redevance.

 

Pendant ce temps, criblés de dettes, ne pouvant entretenir leur château, les Vuillemenot de Nanc furent contraints de vendre certaines de leurs terres:

 

Ainsi Joseph COLLET4 , laboureur, était le fermier du seigneur Vuillemenot de Nanc, au hameau de la Ferrière, paroisse de Beaupont. Il vivait approximativement entre 1645 et 1705.

Le 17 Juin 1755, il y a eu vente de deux moitiés de domaines situés à Beaupont par Dame Gabrielle Vuillemenoz de Nanc, veuve du Sieur d'Arley, et dame Jeanne Marie Vuillemenot de Nanc, à Jean COLLET et à Denis COLLET de la Ferrière, cousins germains, pour le prix de 14000 livres (soit pour appréciation 320 vaches). Le partage fut fixé de la manière suivante:

Jean COLLET et Marie GUILLERMINET son épouse pour 2/3

Denis COLLET et Claudine DAUJAT son épouse pour 1/3

Ils étaient obligés d'advenir au scel royal !

Cet acte fait, lu et passé au lieu de Mailly15 , en présence de Messire Théodore GAUDERET, notaire royal et procureur fiscal.

 

En avril 1757, les habitants de Nanc se révoltent contre leur seigneur, attaquent le château 6 et tentent de l'incendier. Le concierge et un garde furent tués et leurs corps jetés dans l'oubliette de la tour carrée. Des secours venus de L'Aubépin, Villette et Cessia sauvent finalement le château.

Condamnés une nouvelle fois à payer par un arrêt du Parlement de Besançon, les habitants de Nanc furent écrasés sous l'impôt. A Nanc c'est la désolation et la misère noire.

 

A la veille de la Révolution, on comprend alors les ressentiments que tout ce monde avait devant le seigneur de Nanc 7 .

Saint-Amour, Octobre 1997


NOTES
  1. Ce document est déposé aux Archives départementales du Jura.
  2. La promenade de la Chevalerie actuelle.
  3. On peut supposer que le notaire n'a pas eu connaissance du contenu du document déposé dans ses minutes.
  4. Ancêtre en ligne directe de l'auteur.
  5. Le moulin de Mailly s'appelait autrefois moulin la Baume. Ce moulin appartenait à Jacques Philippe de la Baume, dernier seigneur de Saint-Amour. Une famille Mayer en a été propriétaire, ainsi que des terres avoisinantes, et Mayer se dit Mailly en patois bressan !
  6. Le nom de Châtelain, fréquent à Nanc, usurpé ou non, jusqu'au XIII° inclus, désigne le Concierge du Château au pire et, au mieux Le Régisseur, Vavasseur, Fermier Officiel des Droits le Prévôt.
  7. On trouvera le détail de ces plaintes dans un acte dressé par Maître Claude François Renaud le 9 Janvier 1788 aux Archives départementales du Jura.

La corvée du temps des seigneurs

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