VISITE PASTORALE DE DIGNA PAR MGR DE MARQUEMONT, ARCHEVEQUE DE LYON, EN 1613


DIGNAZ

Nous sommes allez visiter l'église de St-Clément Dignaz, de laquelle est annexe et filiale l'église St-Estienne de Chastel, d'icelle église de Dignaz dépendent deux villages sçavoir led. Dignaz et celuy de Chevrou ; le curé est messire Jean-Baptiste Goddard, de Veyriaz, lequel nous est venu au devant processionnellement, nous a conduit en son église, chantant l'hymne du St-Esprit. Ayant faict noz prières au devant le grand aultel, avons visité le St Sacrement qui estoit en une petite boite de cuivre reposant dans une aulmoire au dernier led. grand aultel, l'avons reposé sur iceluy, l'ayant adoré et faict chanter Tantum ergo, avons baillé la bénédiction au peuple et puis remis aud. aulmoire, puis confirmé le peuple de lad. parroysse.

Les dismes dud.lieu se perçoivent par led.sieur de Chevrou pour les deux tiers, par led. Curé pour le sixte et par le sieur chambrier de Gigny pour l'aultre sixte ; lequel sieur chambrier est présentateur de la cure dud.  Digna.

Led. curé nous a exhibé ses lettres d'ordre et provisions de lad. cure en bonne forme, excepté que ses lettres de prestrise ne sont point séelées.

Le grand aultel est sans tableau. Les meubles sont : un calice d'argent avec platine, sept nappes, bonnes ; quattre chasubles, une de sattin vert, une de taffetas figuré rouge, deux aultres de futaine, usées. Il n'y a point de corporal. La vitre dud. grand aultel est rompue en plusieurs endroicts et a besoin de refaire ; deux aulbes avec les amicts, de toyle, l'une bonne l'aultre usé ; trois serviettes.

L'église n'est pas bien couverte mais on y travaille pour la recouvrir. Le cymetière n'est pas serré et cloz ; il y a deux grands chemins, l'un pour aller au village de Chevrou, l'autre pour desservir le troillage dud. Sieur de Chevrou. Les fenestres de la naifz sont sans vitres.

Le revenu de lad. Cure consiste aud. sixiesme du diesme dud. Dignaz et Chevrou tant du bled que du vin ; en quattre vignes contenant sept ou huict ouvrées, en un pré contenant environ une charrée de foing ; sur quoy led curé paye une pension à messire Claude Villelme, prebstre de St Claude. Il nous a exhibé ses registres des baptesmes, mariages et mortuaires dez le temps qu'il est curé, n'ayant aucun registre du passé. Led curé prent encores deux coppes de bled par feu.

Il y a outre ce un missel à l'usage de Lyon, un responsaire en velin et un graduel aussy en velin au messme usage. Il y a un aultel au dessoubs le cœur de lad. Eglise, soubs le vocable de St-Anthoyne 1,  messire Bernard Fayant, prebstre de Gisiaz en est prébendier, le patron est Françoys Jaillard de Pirajoux, habitant à Cormoz, lequel messire Feault nous a faict apparoir de ses provisions. Le revenu consiste en une maison située aud. village avec une vigne y contigue, au sixiesmes du disme dud. Chevreau et en un pré situé aud. Dignaz, contenant troys charrées de foin. Il y a des habits et ornemens.

Est enjoinct ausd. Parroyssiens de faire un petit tabernacle de boys peinct et vernissé pour mettre sus led. grand aultel pour y reposer le St-Sacrement de l'autel, de faire faire un tableau sur led. grand autel, auquel ils feront peindre l'image de leur patron, de Nostre-Dame et quelque aultre dévots. Il leur est encores enjoinct achepter deux corporaulx, un missel du concile de Trente, un graduel. Feront en outre refaire la vitre dud. grand aultel et clorre leurd. cymitière, le tout dans six moys.

Il est très expressément enjoinct aud. curé de Dignaz se comporter modestement et en vray homme d'église et inhibé de, par cy après, porter l'arquebuse et aller à la chasse, de frapper et attaquer de faict ny de paroles sesd. parroissiens en façon que ce soit, à peyne d'estre puny delon le droict et mesme par privation de son bénéfice ; de s'enivrer et se laisser surprendre au vin, aux mesme peines. Luy est aussy enjoinct de dire vespres à sesd. parroissiens, les dimenches et fetes solennelles, et d'exhorter le peuple d'assister à icelles ; d'enseigner la doctrine chrestienne lesd. jours aux enfans de la parroisse et admonester les parens de les y conduire ou envoier ; de sonner ou faire sonner l'Ave Maria le mattin, à midy et le soir et d'admonester le peuple de se mettre à genoux quand ils l'ouyront sonner.

Lad. Eglise estant visitée nous sommes retirez en la ville de Cuiseau, sur la nuict, pou y loger et coucher.

 

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Procès verbal de la visite générale du diocèse de Lyon faite par Illustrissime et Révérendissime Père en Dieu, Messire Denys Simon de Marquemont, Archevesque, Comte dudict Lyon, Primat de France, Conseiller du Roy en ses conseilz d'Estat, commencée le treziesme juing mil six centz treize.

Accompagné de vénérable messire François du Soleil, docteur en droit, conseiller du Roy en la séneschaucée et siège présidial de Lyon, custode de l'esglise Saincte-Croix et nostre official ordinaire et métropolitain et de vénérable messire Jean Faure, prebstre, chevalier de nostre église de Lyon et procureur général de nostre archevesché, et encore accompagné de révérend père Louys Michaelis, prebstre, docteur en saincte théologie, de la compagnie de Jésus et appelé avec nous pour nostre greffier et scribe, Gabriel Basset, notaire apostolique.

Denys Simon de Marquemont négocia à Rome pour Henri IV lors de son mariage avec Marie de Médicis. Il fut président de l'Ordre du Clergé aux Etats généraux de 1614. Il devait être Cardinal en 1626, l'année de sa mort, à 54 ans. On lui doit la fondation de très nombreux monastères et couvents.


NOTE

  1. Le 9 Novembre 1678 se présente à l'église de Digna, Messire Guillaume Chevalon, prêtre de Pirajoux, pour prendre possession de la Chapelle Saint Anthoine érigée dans l'église avec en main un acte de la Chambre Souveraine de Justice du Parlement de Besançon. Messire Jean Bourcia, prêtre curé de Digna, lui en donne acte et ensemble ils se présentent devant l'autel au son de la cloche pour la cérémonie. (Acte de Mtre Pierre Ronchet, notaire royal à Cousance Réf 4E1139 ADJ). Les reliques de Saint Antoine furent apportées de Constantinople en France, vers l'an 980. Elles reposaient dans l'église du prieuré de la Motte-Saint-Didier, près de Vienne, lorsque le Mal des Ardents commença ses ravages dans nos provinces. Le Mal des Ardents ou Feu de Saint Antoine est dû à la présence dans l'ergot de seigle de différents alcaloides dont l'ergotamine et l'acide lysergique (LSD) qui provoquent des hallucinations. La foi des malades ne trouvait nulle part de soulagement plus prompt ni de guérison plus assurée que devant le tombeau du saint anachorète, d'où la présence de son culte à Digna.

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