SOUVENIRS DE LA GUERRE 1939/1945


Pendant l'occupation. La guerre faisait rage. Pour ralentir la progression des Allemands, le maquis fit couper les arbres de la route de Coligny. Trois jours après, les Allemands furieux demandèrent aux hommes du pays de dégager la voie. On les vit alors remonter avec leur hache pour écarter les arbres.

On se rendit un jour au Pont de Carlet pour voir un train blindé Allemand que la Résistance avait fait déraillé. . . On disait qu'il avait failli tirer sur le clocher, accusé de prévenir le Maquis de son passage, au son des cloches.

Pour survivre il fallait utiliser ses tickets de rationnement, acheter au marché noir, ou partir dans les fermes quémander du beurre ou des œufs. C'est ce que l'on appelait aller au ravitaillement. On faisait des conserves en enfilant des haricots dans des bouteilles et on faisait sécher des pommes au four. Certains élevaient des lapins. Une fois, dans une grande lessiveuse eut lieu la fabrication du savon. On avait pu se procurer de la soude ou de la saponaire chez le droguiste.

Un jour les Allemands sonnèrent chez nous: <<Fermez cette porte s'il vous plaît>>. Heureusement, ils continuèrent leur chemin.

Après les exécutions du moulin de Mailly, je me rappelle d'un conciliabule devant la rue des Granges. Certains songeaient à se réfugier sur la côte à Montagna; d'autres préféraient rester malgré les difficultés.

Une demoiselle tenait une confiserie sur la place. Souvent elle me donnait un bonbon. Un beau jour, on ne la revit plus....Dénoncée, déportée.

A l'école, on vit arriver de petits enfants alsaciens qui avaient été contraints de quitter leur famille et que de braves gens avaient accepté de recueillir. Un autre jour eut lieu une quête d'objets pour venir en aide à deux villages de la côte sinistrés. Poisoux et Senaud venaient d'être incendiés par les Allemands et les pauvres habitants avaient tout perdu. On donna aussi des chandeliers et des objets abîmés en cuivre pour la collecte des métaux.

Pour se distraire, on relisait les vieux journaux. Tout le monde disait <<Avant la guerre....>> et ceux qui n'avaient pas connu cette période faste essayaient de l'imaginer à travers les numéros de l'Illustration relatant l'Exposition Universelle de 1937. Il y avait de quoi rêver...

Pour allumer le feu on utilisait des allumettes soufrées et une fois un brave homme sonna muni d'une musette. C'était un des derniers colporteurs qui allait de porte en porte proposer sa marchandise. La combustion de ces allumettes dégageait d'abord du gaz sulfureux. Il était souvent très difficile de s'en procurer et il fallait utiliser la braise du feu pour en allumer une autre.

La Libération. Le dernier jour un char allemand fou et isolé grimpa la Rue de Bresse. Je me rappelle les gens qui disaient: Il faut prévenir le maquis. Puis le soir, par l'avenue de la Gare, on vit arriver les chars américains recouverts de branchages. Ils s'arrêtèrent un moment dans la rue de Bresse et demandèrent qu'on leur porte des œufs et des provisions au Faubourg de l'Ain.

Un hôpital de campagne fut dressé près du chemin de Saint-Jean, au milieu des champs de colza. Beaucoup de personnes charitables montèrent réconforter les blessés sous les tentes.

Puis les camions de l'armée américaine se mirent à défiler continuellement ainsi que l'armée française débarquée en Provence. Les enfants du pays se rendaient sur la route nationale 83 près du carrefour du chemin de Péroset et agitaient leurs mains vers les camions en criant: << Hello ! >>. Les soldats leur envoyaient des bonbons, du chewing-gum ou du sucre enveloppé dans du papier et même une fois un Noir jeta sa tablette de chocolat dans laquelle il avait mordu mais personne ne fit le dégoûté !

Le garde-champêtre. Souvent dans cette période troublée, on entendait un roulement de tambour. C'était Narcisse, le garde-champêtre, qui communiquait les messages de la mairie. << Avis à la population...>>. Il s'arrêtait dans la rue de Bresse devant l'église, puis au croisement de la rue des Granges, et continuait son tour de ville. Le brave garde-champêtre était suivi par une foule de gamins qui faisaient cercle autour de lui. Lors des retraites aux flambeaux, c'était toujours lui avec sa stature imposante qui ouvrait le défilé.

Le marché. Après la guerre, le samedi, avait lieu le marché. Dès l'aube, on entendait monter les voitures à cheval dans l'avenue de la gare, chargées de volailles, de cochons, de légumes et autres produits de la campagne. Quelques autos aussi mais surtout beaucoup de bicyclettes poussées avec leur chargement.

Sur le Champ de Foire avait lieu le marché aux bestiaux, animé par les maquignons. Pesée des animaux sur la balance publique. Le marché aux volailles se tenait derrière les arcades de la Chevalerie. Tout le monde causait de la pluie et du beau temps et se racontait les dernières nouvelles de la semaine.

La foire de la Saint-Martin était plus importante. Ce jour-là, le marché s'étendait de la place d'Armes au Champ de Foire. Il y avait le renouvellement des baux. A la Saint-Martin, il fallait aussi régler ses dettes.

Les cérémonies religieuses. Au moment des Rogations, une procession était organisée depuis Saint-Amour jusqu'à la chapelle d'Allonal, à la Croix de Mission et à la Croix d'Arbuans, après le passage à niveau. Au milieu des prières et des Litanies des Saints, on invoquait la Sainte Vierge en demandant la bénédiction des récoltes. On est même monté une fois à la Vierge de Nanc pour lui demander d'amener la pluie à cause d'une sécheresse persistante.

Le 15 Août, une procession partait de l'église, en double file, vers la Vierge de l'hôpital. Les enfants de chœur ouvraient le cortège, en portant la Croix.

A l'église, chaque famille avait sa chaise et il fallait donner pendant la messe une obole à la chaisière en indiquant le nombre de personnes présentes.

Au moment des enterrements, ponctués du glas, le corbillard traîné par un ou deux chevaux recouverts de noir, s'ébranlait de la place du Croissant. Le prêtre psalmodiait les prières des morts et le cortège suivait jusqu'au cimetière en descendant la rue de Bresse. Mais pendant l'office, beaucoup d'hommes, le chapeau à la main, bifurquaient vers le Café des Amis....

 Souvenirs de Robert FAVERGE



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