VISITE DE L'EGLISE DE SAINT-AMOUR

Texte initial de Maurice PERROD, revu et complété par Robert FAVERGE (en vert)

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Devant nous, à l'Ouest, se dresse la haute façade de l'église. Sa contemplation ne nous retiendra pas. Elle a été recrépie en couleur d'ocre, il y a cent ans, et çà n'a pas été très heureux. Elle était autrefois percée de trois fenêtres ; celle du milieu, depuis la construction de l'orgue à l'intérieur, n'éclairait plus la nef ; elle était même gênante. En 1858, le maître marbrier Orso la démolit, l'agrandit en forme de niche, et l'on y mit une statue de la Vierge que Monseigneur Fillion, évêque de Saint-Claude, en tournée pastorale le 9 septembre de cette même année, enrichit d'une indulgence de 40 jours pour les fidèles qui réciteraient devant elle un Ave Maria. Cette transformation fut payée par un legs de 300 francs fait à la Fabrique un peu avant par Melle Elisabeth Duraquet de Montjay. Sa tombe se trouve toujours dans le cimetière à gauche des tombes de Dananche.

Bref Historique :

Notre église est très ancienne, mais elle a subi de nombreuses transformations au cours des siècles. Le document le plus ancien que nous possédions aux archives communales est une bulle du Pape Urbain II qui restituait les dîmes de Saint-Amour à Lenderic, évêque de Mâcon. Cette bulle est de novembre 1096 : c'est dire que Saint-Amour possédait déjà une église à cette époque.

Dans l'église, il ne faut pas s'attendre à retrouver quoi que ce soit de ses ornements, de son mobilier ancien : tout a disparu. En prairial an II (Mai 1794), la Municipalité avait fait placer au-dessus de l'entrée, l'inscription suivante : « TEMPLE DE LA RAISON , le peuple français reconnaît l'existence de l'Etre Suprême et l'immortalité de l'âme ». Auparavant, en ventôse (Février), le représentant du peuple, Lejeune, en mission dans le Jura, avait donné l'ordre à la commune de réquisitionner des ouvriers pour enlever de l'église «  tous les signes de superstition »  et préparer la fête de la Raison, qui devait avoir lieu le décadi suivant. On ne sait rien de précis sur cette fête à laquelle une jeune fille de la ville aurait prêté son concours en qualité de Déesse. Les ornements sacerdotaux, les vases sacrés, la lingerie de la sacristie, les tableaux . . . tout avait été envoyé au district d'Orgelet et fut vendu. L'église servit ensuite à la fabrication de salpêtre pour les armées, puis de magasin à fourrage. Elle fut dévastée de fond en comble, les vitres brisées, les fers arrachés, quelques pierres tombales enlevées du sol en terre battue. C'est en cet état de désolation qu'elle fut rendue au culte après la signature du Concordat.

Le premier curé de Saint-Amour, l'abbé Bernard (curé de Saint-Sulpice), eut bien de la peine à remettre un peu d'ordre et de décence dans cet édifice qu'avaient déshonoré, encore plus que les révolutionnaires, le déplorable vicaire Lémare et le curé constitutionnel Barbier. Mais en 1818, au mois de mai, l'abbé Perret fut envoyé comme vicaire.

Mais, entrons. La porte franchie, nous passons entre deux gros et lourds bénitiers de pierre. Depuis quand sont-ils là ? D'où viennent-ils ? Je ne sais ; je ne saurais même pas leur attribuer un âge, mais ils sont anciens, du XVII siècle peut-être. Si l'on pouvait compter les mains qui s'en sont approchées et les petites gouttes d'eau qu'elles y ont puisées !

Un bénitier en pierre du même type mais avec les symboles des quatre points cardinaux a été récupéré par le Musée Archéologique de Dijon.

Devant nous s'allonge la nef principale, jusqu'au chœur.

Tournons sur notre gauche, dans la nef du côté Nord, celle qu'on appelait la «  nef des femmes « , parce qu'aucun homme ne s'y mettait, sauf, tout en haut, pour les offices, les habitants d'Allonal. Au bas de cette nef liturgiquement, sont placés les fonts baptismaux. Nous y voyons, dans un décor de guirlandes et d'angelots en bois doré, un vieil autel lui aussi, de même aspect, du XVII ème siècle. Il provient peut-être d'une des chapelles latérales démolies dont les arcs d'entrée se voient dans les murs plus loin, ou d'une des chapelles de couvents fermés, à la Révolution ; mais il peut venir d'ailleurs. Un tableau occupe le retable : « le Baptême du Christ par St Jean » . C'est l'œuvre d'Adrien Framinet, un lyonnais retiré des affaires à Saint-Amour et qui était président du Conseil de Fabrique.

Un peu plus haut, sur deux socles de bois, deux statues : « Saint-Grégoire » et «  le prophète Jérémie », œuvres de Léopold Chambard, né à Saint-Amour en 1811, mort à Neuilly-sur-Seine en 1895 ; élève d'Ingres et de David d'Angers, Grand Prix de Rome en 1836. Après les avoir exécutées en pierre pour l'église Saint-Augustin, de Paris, où elles sont toujours. Il en avait donné les plâtres originaux à la chapelle du Collège de Saint-Amour. Mr l'abbé Bailly-Comte, curé, les a demandées lorsqu'on a démeublé cette chapelle, il y a de nombreuses années, et les a placées dans l'église. Elles sont belles et celle de Jérémie passe pour un chef-d'œuvre.

Les boiseries des confessionnaux répandus dans la nef sont quelconques et modernes.

Moderne aussi le joli bénitier de marbre noir sur socle de marbre de couleur près de la porte, «  sous les cloches « , mais on ne connaît pas la date exacte, peut-être du milieu du XIX ème siècle.

Au-dessus, haut placé, contre le mur est suspendu un grand tableau (carré de 2,50 m de côté), «  La Cène »  . Il y en a un autre de même taille, un peu à côté : une « Descente de Croix » . Il y en avait naguère d'autres encore. Ils doivent venir des couvents de la ville, peut-être de la Visitation. Ont-ils de la valeur ? On les voit très mal. Il faudrait qu'ils soient descendus, probablement lavés avec soin, et leurs cadres revernis. Cela avait été fait en 1853, lorsqu'on a recrépi la nef. Humbert Chatelain s'en était chargé bénévolement ; il ne manquait pas de talent.

Il se peut que ces souvenirs soient inexacts mais il y avait une toile ornée d'un très beau cadre de bois sculpté et en partie doré ; c'était une « Ascension » .

 

La chapelle du Sacré-Cœur est moderne. Elle a été disposée comme elle est, en 1877, ainsi que le rappellent les inscriptions sur marbres noirs de chaque côté de l'autel. Et cela, à la suite d'une Mission prêchée par des Capucins qui avaient à leur tête le P. Moïse, d'Orléans, prédicateur puissant et alors presque célèbre. Nous retrouverons son souvenir à la chapelle de la Vierge. La statue qui est au-dessus, dans une niche ornée, est un moulage de Manheim ; d'un bon modèle et richement décoré. Le curé de Saint-Amour était alors l'abbé Lacroix, et l'abbé de Koskowski, l'un de ses deux vicaires.

 

Les parois latérales du chœur sont en grande partie, de part et d'autre, couvertes de grandes fresques encore assez bien conservées, mais qu'on ne pourrait, parait-il, réparer, car elles ont été peintes «  à l'œuf » , procédé ancien, et, peu à peu, semblent rentrer dans l'enduit qui les porte.

Elles sont d'un peintre italien RAINERI, retiré, au début du XIX ème siècle, à Voiteur où il avait encore, il y a environ cent-dix ans, de la famille.

Elles représentent, la 1ère à droite, « l'arrestation des Saints Amour et Viateur, soldats de la Légion Thébaine, conduits par Saint Maurice, leur chef, refusant de sacrifier aux dieux romains, devant l'empereur Maximien » , la suivante «  le Christ succombant sous le poids de sa croix » . A gauche, «  le martyre de Saint-Maurice ». La scène se passe  à Saint-Maurice en Valais, autrefois Saint-Maurice d'Agaune, à l'endroit où la vallée du Rhône se rétrécit. On distingue au fond une montagne enneigée et dans le ciel un ange portant la palme du martyre. Une abbaye se dresse sur les lieux et le champ des martyrs se trouve à deux kms. La fresque suivante représente: «  l'agonie de Jésus au Jardin des Oliviers »,  avec l'Ange lui présentant le calice d'amertume, les Apôtres à quelque distance, une vue de Jérusalem dans l'éloignement, le ciel nébuleux et enflammé de la Palestine.

 

Les deux grandes ont cinq mètres de largeur, les deux autres, un peu moins, toutes, ont quatre mètres de hauteur. D'inspiration classique, d'un dessin assez ferme, d'un coloris qui malheureusement pâlit, elles ne sont pas sans mérite et devaient dans leur première fraîcheur, composer un bel ensemble décoratif.

Des peintures en simple camaieu les encadrent et les relient. Ce sont des rinceaux et des médaillons représentant les quatre Evangélistes avec leurs attributs: l'ange pour Saint Matthieu et l'aigle pour Saint Jean à gauche, le lion pour Saint Marc et le taureau pour Saint Luc à droite. On voit la signature de Frédéric dans le médaillon de St Matthieu, le premier à notre gauche.

L'ensemble est encore d'un bel effet bien qu'il manque un peu d'harmonie dans la composition, et que la lumière qui tombe des vitraux, étreigne un peu l'éclat, ou ce qu'il en reste des couleurs des peintures.

Les médaillons supérieurs représentent les quatre Docteurs de l'Eglise: St Grégoire, St Jérôme, St Augustin et St Ambroise.

Et puis, il y a trois grandes fenêtres ogivales garnies de beaux vitraux. Ces vitraux ont été réalisés par Didron puis mis en place en 1863. Ils représentent les trois vertus théologales : la Foi, l'Espérance et la Charité. Une véritable bible illustrée. Ils nécessiteraient une présentation orale et détaillée. Certains prétendent qu'ils existeraient dans d'autres églises, p exemple en Normandie. On peut les admirer par une matinée ensoleillée.

Des ouvriers du pays ont aidé à leur mise en place : le charpentier Terral dressa les échafaudages, le maitre-marbrier Bouquin-Macaret rétablit les meneaux, avec leurs trèfles en pierre de Mouchard, le quincailler Monin fournit les ferrures et les grilles, le plâtrier Carestia fit les joints au ciment et le menuisier Vialet répara la boiserie du chœur. Ces vitraux sont un chef d'œuvre et nous devons remercier le chanoine qui nous permet de "  prier sur la beauté " comme le disait le Pape Saint Pie X.

Au fond de l'abside, se trouvait jadis, le maitre-autel. Il avait devant lui un vaste chœur où chanoines et familiers prenaient place pour les offices.

Qu'était cet autel de marbre ? Il faudrait pour le savoir, interroger le curé de la paroisse des Huttes, commune d'Orbey (Haut-Rhin), si toutefois cet autel a été conservé. L'abbé Claude Pierre, alors curé des Huttes, l'acheta pour 1200 F en 1807 et le fit transporter chez lui.

On le remplaça, toujours au fond du chœur par un autel, plus monumental, paraît-il, offert par Melle Prost, de Lyon, fille du sculpteur Prost, né à saint-Amour au mois de juillet 1776, élève de Chinard, fixé à Lyon où il est mort.

Plus tard, le chanoine Gindre fit déplacer cet autel et le mit plus en avant pour avoir, par derrière, où loger les jeunes gens et les enfants assez mal placés à la tribune de l'orgue. Il fut nécessaire pour cela, de modifier le dallage du sanctuaire et l'on retrouva, du côté de l'Evangile, par derrière, l'entrée d'un caveau en deux parties, dont l'une, à droite, était, à ce qu'on croit, occupée par les restes d'anciens comtes de Saint-Amour ; l'autre, à gauche, renfermeraient les cendres de Guillaume de Saint-Amour dont nous retrouverons la dalle funéraire dans la vieille sacristie. Ce caveau était à peu près comblé, par des gravats et des déblais. D'après C. Saint Marc, on y aurait trouvé un sarcophage de pierre avec des vestiges de vêtements ecclésiastiques. Maintenant la mémoire du vieux Docteur est presqu'aussi recouverte d'oubli que ses restes de poussière.

A notre gauche, près de l'autel, s'ouvre ce qu'on appelle «  la vieille sacristie « . C'est l'ancienne chapelle des Comtes de Saint-Amour, les de la Baume. Elle est voûtée d'une croisée d'ogives et s'éclairait d'une fenêtre aujourd'hui en partie murée. Elle s'ouvrait dans l'église là où se trouve l'autel du Sacré-Cœur. Dans le sol, il y avait un caveau funéraire ; on l'a retrouvé et réouvert, en 1931, lorsqu'on a voulu établir la chaudière du chauffage central ; il ne contenait plus que quelques ossements entassés dans un coin, et, mêlé à la poussière, un décime de l'époque révolutionnaire : il avait sans doute été violé à ce moment, les cercueils de plomb emportés et les restes de Jacques Nicolas de la Baume, d'Hélène Perrenot Granvelle et peut-être de Philibert de la Baume, abandonnés.

En face, de l'autre côté du chœur, la sacristie proprement dite. On y accède par quelques marches d'un escalier de pierre. C'est une salle de petites dimensions. Les chanoines s'y réunissaient le dimanche après vêpres pour traiter leurs affaires ; ils y revêtaient les ornements sacrés ou le camail pour chanter les offices. Ils y ont laissé un vieux meuble garni de petits tiroirs, tous pareils, ou chacun d'eux enfermait son linge sacré ; sur ce vieux meuble, en forme de crédence, on voit deux statuettes anciennes : l'une, en bois, sans valeur, que d'ancienneté, l'autre en marbre, un peu mutilée, mais charmante, du XIV ème siècle, portée par un socle avec, en relief, des armoiries peintes dont on ne sait à quelle famille attribuer. Elle est de nos jours dans la chapelle de la Vierge.

 

On redescend dans la nef du côté Sud, la nef « des hommes ». Il y a un siècle, pas une femme ne s'y fût risquée, surtout pendant la Messe de huit heures, du dimanche.

On rencontre d'abord l'Autel des Ames du Purgatoire, que surmonte, du retable, un tableau plein de flamme et de chrétiens souffrants.

Il provient de la chapelle de la Visitation comme beaucoup d'autres objets. L'autel a été érigé au début de la reprise du culte, après le Concordat.

Contre le mur, accès à la Chapelle de la Vierge. Il s'y trouve une petite statuette décorée de Saint Eloi, Patron d'une Confrérie avant la Révolution. On s'en servait après l'avoir provisoirement transformée en Saint Nicolas. Debout au milieu d'un entassement de brioches, le bon évêque, devenu le patron des écoliers, parcourait les rues de la ville, présidant à l'équitable distribution du Pain Bénit aux bienfaiteurs des Frères.

Deux tableaux dans cette Chapelle de la Vierge proviennent du monastère de la Visitation. Le premier commémore le miracle de Saint François Régis opéré en faveur de Sœur Marie-Thérèse Montplaisant atteinte de fièvre quotidienne et d'une tumeur au ventre, le second le miracle de Sainte Jeanne de Chantal, fondatrice de la Visitation, en faveur de Sœur Marie-Elisabeth Dronier de la Pérouse qui souffrait de maux violents et continuels.

Nous voici devant la niche du Bon Dieu de Pitié. C'est un » Ecce homo » , statue assez réaliste, plusieurs fois restaurée, devant laquelle on vient prier pour les malades et allumer le cierge des agonisants, coutume bien touchante et un peu particulière à notre paroisse. Au-dessus, un grand tableau : le «  Lavement des pieds «  qui fait pendant à «  La Cène »  de la « nef des femmes » . Dans une des arcades murées des anciennes chapelles, un petit autel que domine une statue, moulage colorié, de Sainte Jeanne d'Arc, encadrée par des plaques de marbre blanc où sont inscrits les noms des victimes des guerres 1914-1918 et 1939-1945.

Puis un Reliquaire surmonté d'un Bon Pasteur renfermant 10 pièces dont une de Sainte Faustine provenant toutes du Couvent de la Visitation sauf un crâne de Saint-Fortunat provenant du Couvent des Grands Augustins  dans la rue de Bresse après la Révolution.

Puis l'escalier de la tribune de l'orgue et, sous cet escalier, l'emplacement d'un autel de confrérie marqué encore par une piscine liturgique enterrée dans le mur et sommée d'une accolade qui la date du XVII ème siècle.

Des confessionnaux dont il n'y a rien à dire, s'espacent dans la nef ; d'un côté celui de Mr le Curé, de l'autre, celui de Mr le Vicaire ; rien non plus à dire du Chemin de Croix dont les stations se suivent sur la muraille au pourtour de toute l'église.

Les fenêtres en plein cintre qui éclairent celle-ci sont garnies de verrière très simples, sans personnages ; une sorte de draperie aux couleurs assorties, brillantes et d'un dessin de bon goût. Elles ont été placées en 1863 en même temps que les vitraux du chœur. Elles sortent d'un atelier que l'on ne connaît pas : la maison Pron, et ont coûté 1600 francs. On soupçonne que la maison Pron, après la fermeture de celle de Didron a profité de sa liquidation, pour employer des vitraux existant en magasin, et que c'est la raison pour laquelle sont venues chez nous, à très bon compte, les magnifique verrières de notre chœur en même temps que la maison Pron les disposait pour leur emploi, les complétait même et fournissait les garnitures des fenêtres des murs latéraux.

Sur nos têtes, il y a la tribune de l'orgue dont nous venons de voir l'escalier. L'orgue en occupe le milieu, laissant de chaque côté, une place libre éclairée par une fenêtre aux vitres blanches. C'est là, que se plaçaient, dans les temps anciens, les élèves des Frères. Nous ne voyions rien du tout des cérémonies et les offices nous paraissaient interminables.

L'orgue de notre église a cela de particulier, qu'il a été construit entièrement par un de nos compatriotes que nous avons bien connu, qui était professeur de musique, accordeur de pianos, chef de fanfare, archéologue, numismate, etc . . ., et qui excellait dans tout, non pas comme amateur de plus ou moins de talent, mais comme un maître.

C'est lui qui tenait l'harmonium à l'église. Maintenant Robert Faverge s'entraîne à la musique d'église au clavier de ce vénérable instrument remis en état par Pierre Maréchal qui porte encore la marque de son premier fabricant : Alexandre . Il y avait au chœur, et il y resta longtemps, un joueur d'ophicléide, qui donnait le ton au célèbrant pour le antiennes et soutenait le chant liturgique ; c'était le successeur de l'antique «  serpent »  servant à cet usage, du temps que le clergé se coiffait de barrettes pointues qu'on appelait des bonnets carrés. Avant l'ophicléide, il y avait un autre instrument de même nature : il s'appellerait «  clavicor » .

De 1852 à 1865, Victor Corbet, secondé par son frère Hippolyte, construisit donc de toutes pièces, un orgue qui, en fin de compte, comportait une montre de 8 pieds, deux claviers, un pédalier, cinquante registres dont une voix humaine, un trémolo, un lointain, un franc jeu et l' « orage » , le tout ne revenant pas à 7000 Francs et constituant un instrument qui pouvait rivaliser «  avec ceux des villes voisines ; qui ont coûté 20 ou 25 000 Francs .. . » , dit le Registre des Délibérations du Conseil de Fabrique. Les facteurs n'avaient demandé que le remboursement du prix des matières premières employées par eux et avaient fourni généreusement leur travail, leur temps et leur peine.

Si la paroisse était fière de son orgue, l'organiste ne l'était pas moins. Il fallait le voir chaque dimanche, à la Grand'Messe, arriver à la minute précise de l'office, s'asseoir et tendre les mains sur le clavier ! Il remplissait une fonction sacrée ! Et quand c'était un jour de procession, déchaînait l'orage, non pas ; «  l'ouragan » ! La grêle semblait crépiter contre les vitraux et nous, les enfants de chœur, levions les yeux pour voir s'ils n'allaient pas éclater en morceaux et laisser passer le vent qui sifflait si fort ! C'était le triomphe de Victor Corbet qui, à ce moment, souriait, lui qui, d'ordinaire, tenait sévèrement la troupe de ses choristes.

A l'orgue montait parfois Gabriel de Dompsure, qui avait une puissante voix de basse ; on y a vu aussi Dangès, et Jane Hatto, de l'Opéra, Moyse, avec sa flûte enchantée, et bien d'autres comme Paul Matthey et le Père Perrot

Il y avait plus haut, contre un pilier, du côté de l'Evangile, une chaire en bois très simple. En 1848, on lui substitua celle qui existe actuellement. La délibération du Conseil de fabrique, qui concerne l'érection de cette chaire, vaut la peine d'être rapportée : elle est bien de son temps !

«  Considérant  que l'état de vétusté et de détérioration où se trouve la chaire actuelle, elle exige des réparations urgentes et dispendieuses.

Considérant secondement qu'elle est très incommode et nullement appropriée au vaisseau de l'église dans lequel elle jure par son extrême petitesse et que dès lors, toutes réparations possibles ne pourront jamais faire de cette vieille chaire, un ornement pour l'église, il convient donc de la remplacer.

Considérant troisièmement que dans le moment actuel, toutes les industries sont en souffrance, que la marbrerie, industrie spéciale de cette ville, est menacée, faute d'ouvrage, que dès lors ce serait acte de prudence et de patriotisme de procurer de l'ouvrage aux ouvriers de cette profession par la commande d'une chaire en marbre . . . », la Fabrique décide de transporter la vieille chaire dans la chapelle de la Vierge et charge, avec un devis de 1500 francs, le maître-marbrier Fontaine Ainé d'en construire un autre suivant ses désirs. Il devait ensuite y être joint un escalier aussi de marbre et un abat-voix de zinc peint en blanc qui parut trop simple bientôt et fut remplacé par une sorte de chapeau chinois de grande taille et d'un peu ridicule allure, et que fit disparaître, le Chanoine Gindre, il y a cent ans environ.

Jadis, il avait été question de déplacer cette chaire en la transportant en face,de l'autre côté de la nef, parce que, là où elle se trouve, le prédicateur tourne le dos aux hommes. Il paraissait à plusieurs, plus convenable qu'il s'adressât à eux de face . . .  Mais qu'eussent dit les femmes ? Il ne fut pas donné suite à cette idée.



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